Cette vieille pomme rabougrie, elle est pour moi.
Laissé quelques sous noirs sur le comptoir, suis sorti.
Dehors inspirait, expirait.
Faciès blanc, faciès d’argent.
Je n’ai même pas envie de dire.
Juste exulter sombrement.
Qu’est-ce que c’est que le monde?
Tête en limailles de fer. Corps en nuages.
Monde de pleurage, de scintillement ; Monde buriné de partout, à force de coups.
On peut réduire le bruit en augmentant la luminance.
Me suis vu marcher, de l’autre côté de la rue, avec ce drôle d’air humain.
Les pages de mon cahier tournaient toutes seules, impossible d’écrire.
Plutôt voir des sons emplir le ciel. Crier.
Le temps de rentrer.
Déposer mes vieilles bottes devant la porte.
Cuir et bois grincent. L’acier brille.
Tenter de résumer toute une vie en quelques pépins.
Coeur de pomme sur le trottoir, oublié.
Rembruni.
26 avril 2014
14 avril 2014
9 avril 2014
Message de fin de soirée
Même en avalant du vin sans le goûter, sans regarder l’étiquette, tu ne devines pas mieux la réalité : Dans l’oscillation, le plaquage du mur le plus proche contre le plus lointain, ton esprit ne devient pas matière. Tu ne peux pas toucher ce qui est hors de toi, comme la mouche devant la fenêtre, qui maintient son élan jusqu’à ce que la douleur devienne aussi vaste que l’horizon qu’elle désirait. Couche-toi donc! disait la voix brisée, un peu endormie.
Impossible de répondre avec des mots.
Tu avances les grognements (qui te vaudront des coups plus tard quand tu changeras d’apparence) et qui, selon ma perception, possèdent la même valeur qu’un bouquet de fleurs sauvages attachées avec de la grosse corde. Enfin. Je te bénis! Je bénis ton âge actuel!
Je refais souvent le rêve du clodo appuyé sur le mur d’un vieil édifice, quelque part dans la ville, dont la bouteille de vin (vide) s’échappe et roule bruyamment sur l’asphalte, qui hurle Je t'aime encore! des années durant. Le monde a peur de ça.
L’immense usine intestinale de son corps propulse des gaz épicés jusque dans le ciel, formant un nuage doré, qu’il contemple d’abord, qu’il cherche ensuite à prendre dans des gestes semblables à ceux d’un bébé, aussi poignants, malgré l’absence totale de musique.
Pense-t-il à une femme qui existe? À une femme qui a existé?
Silence d’un, de plusieurs grains de sable. Silence dur. Dans une baignoire, quelque part, une petite crotte flotte.
Je ne veux pas ouvrir les yeux tout de suite.
Demain, le nuage va se dissiper. Un monstre à tête d’homme va te faire un signe que tu ne comprendras pas. Tu vas continuer ton chemin, récompensée à chacun de tes pas (timides) par une bouffée de joie éphémère.
C’est dans des circonstances semblables, j’imagine, qu’on va se revoir.
Impossible de répondre avec des mots.
Tu avances les grognements (qui te vaudront des coups plus tard quand tu changeras d’apparence) et qui, selon ma perception, possèdent la même valeur qu’un bouquet de fleurs sauvages attachées avec de la grosse corde. Enfin. Je te bénis! Je bénis ton âge actuel!
Je refais souvent le rêve du clodo appuyé sur le mur d’un vieil édifice, quelque part dans la ville, dont la bouteille de vin (vide) s’échappe et roule bruyamment sur l’asphalte, qui hurle Je t'aime encore! des années durant. Le monde a peur de ça.
L’immense usine intestinale de son corps propulse des gaz épicés jusque dans le ciel, formant un nuage doré, qu’il contemple d’abord, qu’il cherche ensuite à prendre dans des gestes semblables à ceux d’un bébé, aussi poignants, malgré l’absence totale de musique.
Pense-t-il à une femme qui existe? À une femme qui a existé?
Silence d’un, de plusieurs grains de sable. Silence dur. Dans une baignoire, quelque part, une petite crotte flotte.
Je ne veux pas ouvrir les yeux tout de suite.
Demain, le nuage va se dissiper. Un monstre à tête d’homme va te faire un signe que tu ne comprendras pas. Tu vas continuer ton chemin, récompensée à chacun de tes pas (timides) par une bouffée de joie éphémère.
C’est dans des circonstances semblables, j’imagine, qu’on va se revoir.
31 mars 2014
Nature morte
j'ai toujours voulu qu'elle meurre
c'est ma mère Elle est en train de mourir
le prénom s'unit à la personne
comme le nahual
femme grande forte résolue
elle a détesté son prénom de lutin minuscule
vaporeux charmant et redoutable
il ne la définissait pas ne la décrivait pas
elle n'a jamais pu devenir son prénom
elle m'en a assigné un avec des traits indélébiles
j'ai détesté mon prénom
un à ma soeur un avec des traits indélébiles
elle a détesté son prénom
personne n'a pu devenir son prénom
arrive la mort
à cet instant
enfin
ma mère minuscule
comme un lutin
comme son prénom
arrive la mortje n'ai pas pu la caresser
je n'ai pas pu tenir sa main
lasse
je suis restée à deux mètres
la regardant mourir
-Monica Mansour, Nature morte
30 mars 2014
27 mars 2014
Une de mes photos en couverture d'un (autre) livre!
la table dressée toujours impeccable
des nappes brodées ou frangées avec leurs serviettes assorties
la vaisselle de porcelaine anglaise
la verrerie en cristal taillé
l'argenterie sortie de son meuble
le dessous de bouteille décoré de raisins
la table impeccable
les plateaux présentent divers délices
les fleurs au centre
cérémonie quotidienne
pour plaire aux convives
pour manger avec les manières les plus raffinées
pour engager des conversations légères
douces aimables
tous goûtent les plats parfaitement préparés
tous sourient
craignant une raillerie
ou une injure dissimulée
la table impeccable
la tension impeccable
violence silencieuse
brutale
Nature morte/Naturaleza muerta de Monica Mansour, édition bilingue français/espagnol, publié conjointement par les écrits des Forges (Québec) et Casa abierta al tiempo (Mexique).
23 mars 2014
Les aventures d'Ange sur la ligne orange
1- À tous les jours, Ange apercevait le même quêteux au bas de l’escalier roulant, station de métro Beaubien.
Il s’était fabriqué deux pancartes, l’une en français, l’autre en anglais, qui annonçaient la même chose : Fatigué. Affamé. Besoin d’un peu de change pour dormir + manger.
Ange rechignait à se départir de quelques pièces, gagnées à force d’un très long ennui au boulot. D’une part elle soupçonnait l’homme de réserver l’essentiel des aumônes recueillies à l’achat de bouteilles d’alcool fort de qualité déplorable, d’autre part elle préférait réserver cet argent pour nourrir sa passion à elle -enfin, l’une de ses passions : La découverte et la dégustation des vins.
Elle ne détournait par contre jamais le regard, et offrait au quêteux des sourires pour lesquels certains hommes auraient été prêts à débourser beaucoup. Ange débordait de charme, précisons-le. Elle avait appris qu’il lui était préférable, dans beaucoup de situations de la vie, de le contenir le plus possible, de le réfréner : Il était arrivé que des hommes trop vigoureux, rendus fous parfois pour presque rien -l’ébauche d’un sourire, à peine, lui avaient causé des tas d’ennuis.
Elle réservait sa beauté à quelques rares fins finauds, qui parvenaient à provoquer son rire, ou son délicieux sourire, à force d’astuces, et s’en voyaient récompensés ainsi de leur talent, ou encore à des désespérés, comme ce quêteux, qui ne représentaient plus, de toute façon, le moindre danger.
L’homme lui rendait son sourire, et parfois laissait échapper un Merci bien senti.
Ange, en ces occasions, se sentait bon cœur. Elle y trouvait de quoi nourrir l’idée qu’elle était une personne généreuse, et développait une opinion assez favorable d’elle-même. En ce sens, bien qu’elle n’en eût pas conscience, cette générosité bien placée constituait une sorte d’investissement, désintéressé, soit.
Fière d’elle, une fois dehors, elle laissait s’épanouir encore un peu, puis s’évanouir, la lumière de son visage, dont un ou deux chanceux parvenaient encore à profiter, à la dérobée, sur le trottoir, aux lueurs de la brunante.
Ce soir, le quêteux n’arborait plus ses pancartes, Ange avait pu le constater, déjà, de loin. Il semblait ébranlé, plus chancelant qu’à l’habitude. Son manteau, encore en un morceau la veille, était déchiré sur toute l’épaule. La nuit avait été mauvaise.
Lorsqu’elle arriva au bas de l’escalier, trop inquiète, elle n’arriva pas à former un vrai sourire, scrutant le faciès détruit de l’homme.
Celui-ci chercha aussitôt, sur le visage d’Ange, la chaleur dont il avait pris l’habitude, mais ne la trouvant pas, laissa échapper le mot Tristesse, de façon apparemment involontaire. Le mot avait glissé de sa bouche, et s’en était allé choir au bas de l’escalier roulant, comme une feuille morte. Mais Ange avait bel et bien entendu : Tristesse.
Elle voulut répondre quelque chose, hésita un instant, puis, poussée par la foule, continua son chemin et sortit de la station de métro.
Il faisait presque soir, déjà, et il faut dire que la faim la tenaillait. Elle pressa le pas. Un reste de braisé d’agneau aux abricots l’attendait chez elle, et bonheur des bonheurs, au moins la moitié d’une bouteille de ce merveilleux Val de Loire.
2- Ange était une originale. Dans le beau monde, il lui était relativement facile de paraître raisonnable et civilisée, esclave, comme il se doit, des principes de la bienséance. Elle s’amusait même à donner l’exemple dans l’exercice de la politesse et des gestes les plus civilisés et les plus convenus. En réalité, c’était pour elle comme de jouer au théâtre. Et en ce sens, elle appréciait l’exercice, surtout s’il ne s’étirait pas trop. Car plus les idées de grimaces, de singeries, et d’absurdités, qui bouillonaient en elle, tardaient à trouver exutoire, plus ses nerfs s’échauffaient.
Il lui arrivait souvent de drôles d’idées, des idées frôlant l’absurde, dans toutes les situations de la vie. Et elle possédait ce talent, cette audace, nécessaires à leur exécution immédiate. Le texte Théorie et jeu du duende, de Federico García Lorca, était l’une des œuvres fondatrices de sa personnalité. Cela vous en dit beaucoup.
Les trajets en métro lui étaient toujours d’un ennui. Elle éprouvait de la fascination à observer tous ces gens, enfermés en eux-mêmes, persuadés, ou presque, d’être inatteignables. Mais la peur les tenaillaient tous, car ils n’ignoraient pas, au plus profond, à quel point c’était faux. Les êtres évoluaient, toutes chairs à vif, dans un monde où la violence -immense bête à tête chercheuse, allait tôt ou tard s’abattre au hasard. Et la folie et la joie pure pourraient faire partie de ses manifestations, ce qui ne rassurait pas grand monde.
Ange s’amusait à y réfléchir au moment où ce jeune homme entra, station Crémazie : Un garçon de treize ans, gros enfant plein de santé, bien gâté, à l’air maussade, encore exempt de tout attribut viril, il parcourut le wagon du regard, mais aucune place n’était libre, et il comprit que le hasard l’avait désigné à rester, lui seul, debout. Ange remarqua sur son visage imberbe l’expression mal contenue de la frustration. Sans hésiter, elle se leva, effleura la manche du garçon, et arborant un de ses sourires lumineux, sans rien dire (il aurait été risqué, à ce moment, de pouffer de rire) lui désigna son siège. L’adolescent hésita, puis, sans pouvoir englober réellement les tenants et aboutissants de la situation, résolut de s’asseoir, sans dire merci.
Ange continua donc debout. Feignant comme tous les autres passagers de n’éprouver aucune émotion, elle ressentait pourtant une joie, une jubilation intense, à l’idée de sa finesse d’esprit. La beauté de son corps délié irradiait, malgré les vêtements d'hiver, dans cet univers plus beige que nature. Comme si chaque atome de sa chair trépidante, même endormie, ou ensevelie sous les couches de tissus industriels, pouvait rendre n'importe quel homme instantanément fou de désir.
L’adolescent, après l’avoir scrutée longuement, s’engouffra dans un trou noir, et fit le reste du trajet la bouche ouverte. Et humide.
3- Il s’agissait d’une de ces journées où le moral flanche : Un dimanche après-midi neigeux de la fin mars, sans aucune trace de soleil ou d’une couleur autre que le gris, sinon ce blanc bleuté qui, à force d’usure provoque le mal de cœur.
Enfin, le peuple semble avoir abdiqué : le boulevard Saint-Laurent d’ordinaire très fréquenté, à ce niveau, était plutôt vide. Une neige molle, cotonneuse, de fin d’hiver, remplissait presque complètement l’espace désert.
Ange occupait ce poste à la librairie Comptoirmag, spécialisée en magasines, revues, papeterie et romans de format poche, depuis quelques années déjà. Malgré des affaires peu florissantes, son patron semblait déterminé à garder l’établissement ouvert. Allez savoir pourquoi.
Ange s’ennuyait ferme. Le dimanche était une journée sans tâche spécifique, comme l’achalandage était d’ordinaire assez bon, rien d’autre n’était prévu à la tâche. Du haut de son comptoir, elle était absorbée à la contemplation du dehors. Alfred Brendel exécutait les 6 moments musicaux de Schubert, seul au piano, à faible volume, dans un coin.
Ce vieux Brendel grichait, sans doute lui aussi déprimé par la neige. Mais la mélancolie sublime, qu’exprimait la musique, réussissait à percer : Ange aurait pu pleurer.
À ce moment, un client pénétra dans la boutique, retira son capuchon, le secoua pour en faire tomber la neige, et fit claquer ses bottes à l’entrée, avant de se diriger vers les calepins Moleskine, sans même un regard pour Ange. Un type grassouillet, mal rasé, cheveux ébouriffés, début quarantaine, qu’un ennui trop profond avait poussé à sortir de chez lui à la recherche d’une distraction, n’importe laquelle.
Quelconque, pensa Ange, Ils sont tous tellement quelconques. Les mois, les années passaient, et elle gaspillait sa beauté, son esprit, à servir dans cette boutique. Qu’avait-elle à faire avec ces gens? Qu’avait-elle à faire avec les habitants de ce pays? De cette planète?
Le type s’avança vers le comptoir, ayant jeté son dévolu, en fin de compte, sur un simple journal. Il n’avait jusqu’ici même pas levé les yeux pour la voir. Quel minable, pensa-t-elle. Elle ne le salua même pas, ne prit même pas la peine de lui dire le montant exact de son achat, après calcul des taxes, accepta son billet et lui rendit la monnaie dans le creux de sa main tendue. Voulez-vous un sac, monsieur? soupira-t-elle, comme le type tardait à s’éclipser, semblant ruminer quelque idée obscure en réajustant ses lunettes.
À ce moment, l’homme releva la tête, plongea son regard d’enfant dans celui d’Ange, puis, d’un geste assez théâtral, ouvrit les bras comme s’il s’apprêtait à prononcer une bénédiction. Oui madame, je vous le demande, donnez-moi un Sacre, claironna-t-il assez fort, d’une superbe voix de baryton.
Le rire d’Ange vola en éclats, emplissant de manière violente et splendide toute la boutique. L’homme resta prostré un instant, bras ouverts, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, accueillant cette averse de pépites d’or inattendue d’un air satisfait.
Lorsqu’elle parvint à calmer un peu son fou rire, il lui fit un signe ambigu de la main et sortit avec son journal, sans rien ajouter.
Merci, pensa Ange, en regardant l’homme s'engouffrer dans la tempête. Les petits spasmes involontaires, qui continuaient d’agiter sa poitrine, de façon de plus en plus espacée, mirent longtemps à s’estomper complètement.
Il s’était fabriqué deux pancartes, l’une en français, l’autre en anglais, qui annonçaient la même chose : Fatigué. Affamé. Besoin d’un peu de change pour dormir + manger.
Ange rechignait à se départir de quelques pièces, gagnées à force d’un très long ennui au boulot. D’une part elle soupçonnait l’homme de réserver l’essentiel des aumônes recueillies à l’achat de bouteilles d’alcool fort de qualité déplorable, d’autre part elle préférait réserver cet argent pour nourrir sa passion à elle -enfin, l’une de ses passions : La découverte et la dégustation des vins.
Elle ne détournait par contre jamais le regard, et offrait au quêteux des sourires pour lesquels certains hommes auraient été prêts à débourser beaucoup. Ange débordait de charme, précisons-le. Elle avait appris qu’il lui était préférable, dans beaucoup de situations de la vie, de le contenir le plus possible, de le réfréner : Il était arrivé que des hommes trop vigoureux, rendus fous parfois pour presque rien -l’ébauche d’un sourire, à peine, lui avaient causé des tas d’ennuis.
Elle réservait sa beauté à quelques rares fins finauds, qui parvenaient à provoquer son rire, ou son délicieux sourire, à force d’astuces, et s’en voyaient récompensés ainsi de leur talent, ou encore à des désespérés, comme ce quêteux, qui ne représentaient plus, de toute façon, le moindre danger.
L’homme lui rendait son sourire, et parfois laissait échapper un Merci bien senti.
Ange, en ces occasions, se sentait bon cœur. Elle y trouvait de quoi nourrir l’idée qu’elle était une personne généreuse, et développait une opinion assez favorable d’elle-même. En ce sens, bien qu’elle n’en eût pas conscience, cette générosité bien placée constituait une sorte d’investissement, désintéressé, soit.
Fière d’elle, une fois dehors, elle laissait s’épanouir encore un peu, puis s’évanouir, la lumière de son visage, dont un ou deux chanceux parvenaient encore à profiter, à la dérobée, sur le trottoir, aux lueurs de la brunante.
Ce soir, le quêteux n’arborait plus ses pancartes, Ange avait pu le constater, déjà, de loin. Il semblait ébranlé, plus chancelant qu’à l’habitude. Son manteau, encore en un morceau la veille, était déchiré sur toute l’épaule. La nuit avait été mauvaise.
Lorsqu’elle arriva au bas de l’escalier, trop inquiète, elle n’arriva pas à former un vrai sourire, scrutant le faciès détruit de l’homme.
Celui-ci chercha aussitôt, sur le visage d’Ange, la chaleur dont il avait pris l’habitude, mais ne la trouvant pas, laissa échapper le mot Tristesse, de façon apparemment involontaire. Le mot avait glissé de sa bouche, et s’en était allé choir au bas de l’escalier roulant, comme une feuille morte. Mais Ange avait bel et bien entendu : Tristesse.
Elle voulut répondre quelque chose, hésita un instant, puis, poussée par la foule, continua son chemin et sortit de la station de métro.
Il faisait presque soir, déjà, et il faut dire que la faim la tenaillait. Elle pressa le pas. Un reste de braisé d’agneau aux abricots l’attendait chez elle, et bonheur des bonheurs, au moins la moitié d’une bouteille de ce merveilleux Val de Loire.
2- Ange était une originale. Dans le beau monde, il lui était relativement facile de paraître raisonnable et civilisée, esclave, comme il se doit, des principes de la bienséance. Elle s’amusait même à donner l’exemple dans l’exercice de la politesse et des gestes les plus civilisés et les plus convenus. En réalité, c’était pour elle comme de jouer au théâtre. Et en ce sens, elle appréciait l’exercice, surtout s’il ne s’étirait pas trop. Car plus les idées de grimaces, de singeries, et d’absurdités, qui bouillonaient en elle, tardaient à trouver exutoire, plus ses nerfs s’échauffaient.
Il lui arrivait souvent de drôles d’idées, des idées frôlant l’absurde, dans toutes les situations de la vie. Et elle possédait ce talent, cette audace, nécessaires à leur exécution immédiate. Le texte Théorie et jeu du duende, de Federico García Lorca, était l’une des œuvres fondatrices de sa personnalité. Cela vous en dit beaucoup.
Les trajets en métro lui étaient toujours d’un ennui. Elle éprouvait de la fascination à observer tous ces gens, enfermés en eux-mêmes, persuadés, ou presque, d’être inatteignables. Mais la peur les tenaillaient tous, car ils n’ignoraient pas, au plus profond, à quel point c’était faux. Les êtres évoluaient, toutes chairs à vif, dans un monde où la violence -immense bête à tête chercheuse, allait tôt ou tard s’abattre au hasard. Et la folie et la joie pure pourraient faire partie de ses manifestations, ce qui ne rassurait pas grand monde.
Ange s’amusait à y réfléchir au moment où ce jeune homme entra, station Crémazie : Un garçon de treize ans, gros enfant plein de santé, bien gâté, à l’air maussade, encore exempt de tout attribut viril, il parcourut le wagon du regard, mais aucune place n’était libre, et il comprit que le hasard l’avait désigné à rester, lui seul, debout. Ange remarqua sur son visage imberbe l’expression mal contenue de la frustration. Sans hésiter, elle se leva, effleura la manche du garçon, et arborant un de ses sourires lumineux, sans rien dire (il aurait été risqué, à ce moment, de pouffer de rire) lui désigna son siège. L’adolescent hésita, puis, sans pouvoir englober réellement les tenants et aboutissants de la situation, résolut de s’asseoir, sans dire merci.
Ange continua donc debout. Feignant comme tous les autres passagers de n’éprouver aucune émotion, elle ressentait pourtant une joie, une jubilation intense, à l’idée de sa finesse d’esprit. La beauté de son corps délié irradiait, malgré les vêtements d'hiver, dans cet univers plus beige que nature. Comme si chaque atome de sa chair trépidante, même endormie, ou ensevelie sous les couches de tissus industriels, pouvait rendre n'importe quel homme instantanément fou de désir.
L’adolescent, après l’avoir scrutée longuement, s’engouffra dans un trou noir, et fit le reste du trajet la bouche ouverte. Et humide.
3- Il s’agissait d’une de ces journées où le moral flanche : Un dimanche après-midi neigeux de la fin mars, sans aucune trace de soleil ou d’une couleur autre que le gris, sinon ce blanc bleuté qui, à force d’usure provoque le mal de cœur.
Enfin, le peuple semble avoir abdiqué : le boulevard Saint-Laurent d’ordinaire très fréquenté, à ce niveau, était plutôt vide. Une neige molle, cotonneuse, de fin d’hiver, remplissait presque complètement l’espace désert.
Ange occupait ce poste à la librairie Comptoirmag, spécialisée en magasines, revues, papeterie et romans de format poche, depuis quelques années déjà. Malgré des affaires peu florissantes, son patron semblait déterminé à garder l’établissement ouvert. Allez savoir pourquoi.
Ange s’ennuyait ferme. Le dimanche était une journée sans tâche spécifique, comme l’achalandage était d’ordinaire assez bon, rien d’autre n’était prévu à la tâche. Du haut de son comptoir, elle était absorbée à la contemplation du dehors. Alfred Brendel exécutait les 6 moments musicaux de Schubert, seul au piano, à faible volume, dans un coin.
Ce vieux Brendel grichait, sans doute lui aussi déprimé par la neige. Mais la mélancolie sublime, qu’exprimait la musique, réussissait à percer : Ange aurait pu pleurer.
À ce moment, un client pénétra dans la boutique, retira son capuchon, le secoua pour en faire tomber la neige, et fit claquer ses bottes à l’entrée, avant de se diriger vers les calepins Moleskine, sans même un regard pour Ange. Un type grassouillet, mal rasé, cheveux ébouriffés, début quarantaine, qu’un ennui trop profond avait poussé à sortir de chez lui à la recherche d’une distraction, n’importe laquelle.
Quelconque, pensa Ange, Ils sont tous tellement quelconques. Les mois, les années passaient, et elle gaspillait sa beauté, son esprit, à servir dans cette boutique. Qu’avait-elle à faire avec ces gens? Qu’avait-elle à faire avec les habitants de ce pays? De cette planète?
Le type s’avança vers le comptoir, ayant jeté son dévolu, en fin de compte, sur un simple journal. Il n’avait jusqu’ici même pas levé les yeux pour la voir. Quel minable, pensa-t-elle. Elle ne le salua même pas, ne prit même pas la peine de lui dire le montant exact de son achat, après calcul des taxes, accepta son billet et lui rendit la monnaie dans le creux de sa main tendue. Voulez-vous un sac, monsieur? soupira-t-elle, comme le type tardait à s’éclipser, semblant ruminer quelque idée obscure en réajustant ses lunettes.
À ce moment, l’homme releva la tête, plongea son regard d’enfant dans celui d’Ange, puis, d’un geste assez théâtral, ouvrit les bras comme s’il s’apprêtait à prononcer une bénédiction. Oui madame, je vous le demande, donnez-moi un Sacre, claironna-t-il assez fort, d’une superbe voix de baryton.
Le rire d’Ange vola en éclats, emplissant de manière violente et splendide toute la boutique. L’homme resta prostré un instant, bras ouverts, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, accueillant cette averse de pépites d’or inattendue d’un air satisfait.
Lorsqu’elle parvint à calmer un peu son fou rire, il lui fit un signe ambigu de la main et sortit avec son journal, sans rien ajouter.
Merci, pensa Ange, en regardant l’homme s'engouffrer dans la tempête. Les petits spasmes involontaires, qui continuaient d’agiter sa poitrine, de façon de plus en plus espacée, mirent longtemps à s’estomper complètement.
2 mars 2014
Sur la gueule
Il y a que tout est trop blanc. Je ferme les yeux et je vois : du sucre en poudre, de la farine, de la neige, bien sûr. Regarder vers le bas, vers le (presque) sombre : Trouver ce vieux vinyle jamais écouté : des partitas de Bach par Glen Gould. Allright, il griche juste ce qu’il faut. Des pépites de lumière du ciel, égrenées (presque) machinalement. Ça me poursuit, tiens. Trop brillant pour moi : Je prendrais que les saletés, les grichements, je m’en ferais une couverture contre la lumière, tu vois?
Chercher le plaisir dans un verre de vin blanc trop acide, trop froid. Serrer la coupe à deux mains, pour la réchauffer, s’y agripper. Sicile, c’est écrit, mais j’y crois pas. Disons Cracovie, peut-être. Le vin improbable, celui dont personne ne veut, je l’ai! Je le sens partout dans mon corps, qui cherche à me dire quelque chose : Je t’habite, je t’habitais, je t’habiterai. Après quelques gorgées, quand même, ça va mieux. C’est comme de revenir chez soi après une longue absence : Crispation des joues en une sorte de sourire. Puis les vagues, l’amertume.
Il règne un calme ici. Comme quand on déboule l’escalier, juste après. On reçoit une avalanche de souvenirs sur la gueule. Il y a, par exemple celui du cabinet de dentiste, un de mes favoris. Le bruit des machines, des voix d’adultes dans la pièce d’à côté, de cette lumière trop intense, qui te viole.
Et puis, après une longue attente, il surgissait de derrière, puant la haine et l’alcool, d’un pas décidé à te saccager.
Ouvre la bouche grand, hurlait-il. Et moi, affolé, qui ne comprenais pas.
Une trentaine d’années ont passé : j'ai vécu, j'ai traversé beaucoup de pays, d'universités, mais il m’arrive encore de me demander, à l'occasion, ce qu’il pouvait bien vouloir dire par là.
Chercher le plaisir dans un verre de vin blanc trop acide, trop froid. Serrer la coupe à deux mains, pour la réchauffer, s’y agripper. Sicile, c’est écrit, mais j’y crois pas. Disons Cracovie, peut-être. Le vin improbable, celui dont personne ne veut, je l’ai! Je le sens partout dans mon corps, qui cherche à me dire quelque chose : Je t’habite, je t’habitais, je t’habiterai. Après quelques gorgées, quand même, ça va mieux. C’est comme de revenir chez soi après une longue absence : Crispation des joues en une sorte de sourire. Puis les vagues, l’amertume.
Il règne un calme ici. Comme quand on déboule l’escalier, juste après. On reçoit une avalanche de souvenirs sur la gueule. Il y a, par exemple celui du cabinet de dentiste, un de mes favoris. Le bruit des machines, des voix d’adultes dans la pièce d’à côté, de cette lumière trop intense, qui te viole.
Et puis, après une longue attente, il surgissait de derrière, puant la haine et l’alcool, d’un pas décidé à te saccager.
Ouvre la bouche grand, hurlait-il. Et moi, affolé, qui ne comprenais pas.
Une trentaine d’années ont passé : j'ai vécu, j'ai traversé beaucoup de pays, d'universités, mais il m’arrive encore de me demander, à l'occasion, ce qu’il pouvait bien vouloir dire par là.
1 mars 2014
17 février 2014
7 février 2014
Un arrêt à Repentigny
Lorsque l'autobus s'immobilisa à l'intersection du boulevard Brien et de la rue de la Fayette, tout s'obscurcit.
De la noirceur, ou plutôt, une sorte de gris trois-quart, comme un voile. Je ne pourrais dire s'il s'agissait d'un phénomène psychique, occulaire, ou extérieur, une sorte de rideau réellement tombé sur le monde. Je privilégiais surtout cette hypothèse d'ailleurs, sans raison.
On n'y voyait pas grand chose dans le bus, mais à l'occasion, des ombres remuaient. Ça et là quelques éclairs lumineux provenant d'âmes anxieuses : La lumière des cellulaires, la seule qu'il nous reste aujourd'hui.
Je n'étais pas seul passager à bord, mais rien que d'imaginer l'air hébété d'une de ces gargouilles au moment où je l'apostropherais, cherchant à obtenir quelconque éclaircissement au sujet de l'obscurité tombée sur le monde, d'imaginer sa physionomie se décomposer, devenir bouillie, un sentiment de désespoir, matiné d'angoisse, s'insinuait dans ma chair à la vitesse d'un shoot.
Et puis je ne savais pas si ces gens étaient toujours vivants, ou s'ils n'étaient que trace de civilisation en processus de décrépitude accélérée ; des sortes de copies carbone de la vie, des fossiles.
Nous avions quitté Montréal il y a fort longtemps. Je ne savais plus si nous étions au mois de janvier ou de février, si la dernière fois où j'avais ouvert les yeux remontait plutôt à une heure, ou vingt-quatre, par exemple.
Mais je savais où l'on était. Ces interminables cimetières de bungalows le long de l'autoroute, ce vernis brun appliqué à toute la surface d'un ciel en faux-fini, ces terre-pleins maculés d'enseignes affichant le prix du litre d'essence (notion parfaitement abstraite), l'asphalte ruminant de désespoir dans le crépuscule ; l'aura lumineuse des lampadaires dispersés ça et là au hasard d'immenses terrains de stationnement vides, sans aucune logique apparente, m'indiquaient qu'on était bel et bien à Repentigny.
L'autobus s'immobilisa. On coupa le moteur, et puis plus rien. Je laissai retomber des paupières lourdes comme des croutes de béton.
Lorsque je m'éveillai, beaucoup plus tard, l'autobus roulait. Au bleu très sale de tout à l'heure, s'était substitué un noir pur et prégnant. L'asphalte courait de manière violente sous nos pieds. Il semblait que la terre avait été débarrassée de tous ses panneaux de signalisation, d'indication de lieu et de temps. Et ce n'était pas plus mal : L'important était d'aller quelque part.
Et cette pensée me donnait l'envie de continuer à vivre. Jusqu'aux lumières de mars et d'avril.
De la noirceur, ou plutôt, une sorte de gris trois-quart, comme un voile. Je ne pourrais dire s'il s'agissait d'un phénomène psychique, occulaire, ou extérieur, une sorte de rideau réellement tombé sur le monde. Je privilégiais surtout cette hypothèse d'ailleurs, sans raison.
On n'y voyait pas grand chose dans le bus, mais à l'occasion, des ombres remuaient. Ça et là quelques éclairs lumineux provenant d'âmes anxieuses : La lumière des cellulaires, la seule qu'il nous reste aujourd'hui.
Je n'étais pas seul passager à bord, mais rien que d'imaginer l'air hébété d'une de ces gargouilles au moment où je l'apostropherais, cherchant à obtenir quelconque éclaircissement au sujet de l'obscurité tombée sur le monde, d'imaginer sa physionomie se décomposer, devenir bouillie, un sentiment de désespoir, matiné d'angoisse, s'insinuait dans ma chair à la vitesse d'un shoot.
Et puis je ne savais pas si ces gens étaient toujours vivants, ou s'ils n'étaient que trace de civilisation en processus de décrépitude accélérée ; des sortes de copies carbone de la vie, des fossiles.
Nous avions quitté Montréal il y a fort longtemps. Je ne savais plus si nous étions au mois de janvier ou de février, si la dernière fois où j'avais ouvert les yeux remontait plutôt à une heure, ou vingt-quatre, par exemple.
Mais je savais où l'on était. Ces interminables cimetières de bungalows le long de l'autoroute, ce vernis brun appliqué à toute la surface d'un ciel en faux-fini, ces terre-pleins maculés d'enseignes affichant le prix du litre d'essence (notion parfaitement abstraite), l'asphalte ruminant de désespoir dans le crépuscule ; l'aura lumineuse des lampadaires dispersés ça et là au hasard d'immenses terrains de stationnement vides, sans aucune logique apparente, m'indiquaient qu'on était bel et bien à Repentigny.
L'autobus s'immobilisa. On coupa le moteur, et puis plus rien. Je laissai retomber des paupières lourdes comme des croutes de béton.
Lorsque je m'éveillai, beaucoup plus tard, l'autobus roulait. Au bleu très sale de tout à l'heure, s'était substitué un noir pur et prégnant. L'asphalte courait de manière violente sous nos pieds. Il semblait que la terre avait été débarrassée de tous ses panneaux de signalisation, d'indication de lieu et de temps. Et ce n'était pas plus mal : L'important était d'aller quelque part.
Et cette pensée me donnait l'envie de continuer à vivre. Jusqu'aux lumières de mars et d'avril.
26 janvier 2014
2 janvier 2014
Une de mes photos en couverture d'un livre!
Arrive un enfant et toute la vie d’une femme se transforme radicalement : c’est à partir de ce constat que l'auteure dessine une sorte de cartographie des commencements. Ses poèmes, courts et denses, aux images vives, relient par la mémoire, grâce à un fil d’Ariane émotionnel, départs et arrivées.
Les souvenirs s’assemblent autour de la mère décédée -elle-même émigrante- de la propre famille de la narratrice, ainsi qu’autour de la naissance de sa fille.
Marche tais-toi descends : l’eau inonde les frontières
Les émigrants, de Gaëlle Le Calvez, paraîtra en janvier
2014 en édition bilingue français/espagnol, publié conjointement par les
écrits des Forges (Québec) et Casa abierta al tiempo (Mexique).
16 décembre 2013
Vin de pays
L’odeur des vidanges éparpillés dans la ville atteignait un certain degré de raffinement : On pouvait utiliser le mot parfum : de fruits qui macèrent, de cerises écrasées, noyées dans un peu d’eau de l’aqueduc –infusée de vieilles branches, de mégots, de vieux thym et de pelures de patates.
C’était Noël et je ne voulais pas faire comme les autres gueux : me cacher ou me mettre à genoux pour susciter la pitié. J’allais sortir de mon taudis et chercher de quoi célébrer : J’allais trinquer, moi aussi ! La commune de Marcillac et ses rangées bien tassées de fer servadou se trouvant plutôt loin de notre charmante petite ville glacée d’Amérique du nord, je pensai que mon imagination allait devoir se remettre au travail pour parvenir à me fournir un cru potable et surtout… gratuit. Comme un vieux moteur un peu rouillé qu’on ressortirait du cabanon abandonné de nos rêves ; Un peu d’huile et l’imagination pourrait à nouveau tourner, cracher sa vapeur…
La soirée exceptionnellement douce avait réuni les familles dans les appartements du quartier pauvre où, malgré tout, l’on faisait cuire gigots, cipâtes et ragoûts, arrosés de mauvaise bière et de vin de dépanneur. La mémoire d’une autre époque se lisait sur les visages tordus de joie, de gêne ou de rage, et dans les yeux grands ouverts des enfants plus abasourdis qu’émerveillés. L’air était anormalement chaud, si l’on comparait à celui du vingtième siècle et je me disais qu’une source devait même couler en quelque partie de la ville, d’un mélange de cépages grossiers vivotant dans quelque souillure. Certains ivrognes notoires auraient fait allusion à ce phénomène, déjà, dans des accès de delirium tremens, mais sans fournir trop de précisions, bien entendu. Il fallait découvrir par soi-même ; Je me mis aussitôt à l’ouvrage.
Je partis donc faire les vidanges, sans grand succès : la cueillette ayant été reportée pour cause de fête, je trouvai peu, et surtout du solide. Quelques bouteilles vides, bien sûr… complètement vides. Je repasserais dans deux ou trois jours pour les vidanges tardives. En attendant, j’avais soif. Sous l’autoroute Dufrein, me semblait-il, j’aurais une chance de trouver à boire. J’y rencontrai effectivement d’autres gueux, en train de se faire un sang de cochon avec des petites baies (réputées toxiques) cueillies sur les terre-pleins avoisinants. Mélangé à l’eau qui avait recommencé de couler sous les ponts (échangeurs d’autoroute) en minces filets, vu la température, et « embouteillé » dans divers contenants glanés ça et là (on me remit une bouteille de lave-vitre), l’on en vînt à se constituer une cave presque acceptable. Du moins, j’avais trouvé mon terroir.
En bouche, l’effet était colossal, indescriptible… incompatible, c’est certain, avec le verbiage que je connaissais. Ce vin nous amenait ailleurs : Un long voyage immobile qui consistait à tomber continuellement, sans jamais se relever. Un jeu de rôles où tous les gueux se confondaient en sons glauques, grimaces étranges et pas de danse ratés. Les heures passèrent.
La robe rubis du ciel finit par s’effriter, vers la fin de la nuit, au profit d’un vieil or splendide. Parallèlement, mes rêves m’amenaient de Cahors à Sauternes, de la noirceur vers la lumière. Le lendemain commençait.
J’avais les tripes en feu, mais du moins, Noël était affaire du passé.
C’était Noël et je ne voulais pas faire comme les autres gueux : me cacher ou me mettre à genoux pour susciter la pitié. J’allais sortir de mon taudis et chercher de quoi célébrer : J’allais trinquer, moi aussi ! La commune de Marcillac et ses rangées bien tassées de fer servadou se trouvant plutôt loin de notre charmante petite ville glacée d’Amérique du nord, je pensai que mon imagination allait devoir se remettre au travail pour parvenir à me fournir un cru potable et surtout… gratuit. Comme un vieux moteur un peu rouillé qu’on ressortirait du cabanon abandonné de nos rêves ; Un peu d’huile et l’imagination pourrait à nouveau tourner, cracher sa vapeur…
La soirée exceptionnellement douce avait réuni les familles dans les appartements du quartier pauvre où, malgré tout, l’on faisait cuire gigots, cipâtes et ragoûts, arrosés de mauvaise bière et de vin de dépanneur. La mémoire d’une autre époque se lisait sur les visages tordus de joie, de gêne ou de rage, et dans les yeux grands ouverts des enfants plus abasourdis qu’émerveillés. L’air était anormalement chaud, si l’on comparait à celui du vingtième siècle et je me disais qu’une source devait même couler en quelque partie de la ville, d’un mélange de cépages grossiers vivotant dans quelque souillure. Certains ivrognes notoires auraient fait allusion à ce phénomène, déjà, dans des accès de delirium tremens, mais sans fournir trop de précisions, bien entendu. Il fallait découvrir par soi-même ; Je me mis aussitôt à l’ouvrage.
Je partis donc faire les vidanges, sans grand succès : la cueillette ayant été reportée pour cause de fête, je trouvai peu, et surtout du solide. Quelques bouteilles vides, bien sûr… complètement vides. Je repasserais dans deux ou trois jours pour les vidanges tardives. En attendant, j’avais soif. Sous l’autoroute Dufrein, me semblait-il, j’aurais une chance de trouver à boire. J’y rencontrai effectivement d’autres gueux, en train de se faire un sang de cochon avec des petites baies (réputées toxiques) cueillies sur les terre-pleins avoisinants. Mélangé à l’eau qui avait recommencé de couler sous les ponts (échangeurs d’autoroute) en minces filets, vu la température, et « embouteillé » dans divers contenants glanés ça et là (on me remit une bouteille de lave-vitre), l’on en vînt à se constituer une cave presque acceptable. Du moins, j’avais trouvé mon terroir.
En bouche, l’effet était colossal, indescriptible… incompatible, c’est certain, avec le verbiage que je connaissais. Ce vin nous amenait ailleurs : Un long voyage immobile qui consistait à tomber continuellement, sans jamais se relever. Un jeu de rôles où tous les gueux se confondaient en sons glauques, grimaces étranges et pas de danse ratés. Les heures passèrent.
La robe rubis du ciel finit par s’effriter, vers la fin de la nuit, au profit d’un vieil or splendide. Parallèlement, mes rêves m’amenaient de Cahors à Sauternes, de la noirceur vers la lumière. Le lendemain commençait.
J’avais les tripes en feu, mais du moins, Noël était affaire du passé.
20 octobre 2013
7 octobre 2013
9 septembre 2013
5 septembre 2013
3 septembre 2013
2 septembre 2013
Les gens sont-ils des chiens?
Ils tapotent la terre toute la journée.
Bruits de tête, bruits de ventre.
Code morse, borborygmes.
Personne ne sait.
Bruits de tête, bruits de ventre.
Code morse, borborygmes.
Personne ne sait.
29 août 2013
24 août 2013
Le temps ne passe pas
Le tonnerre s’est approché très vite, jusqu’à devenir intime.
On aurait dit que tout le monde dormait.
Un fruit, tombé du lampadaire, s'est écrasé sur le trottoir.
On aurait dit que tout le monde dormait.
Un fruit, tombé du lampadaire, s'est écrasé sur le trottoir.
23 août 2013
Les morts sourient
J’éteins un petit feu après l’autre.
Tout autour de moi, ils se rallument, aussi vite.
Tout autour de moi, ils se rallument, aussi vite.
22 août 2013
15 août 2013
14 août 2013
13 août 2013
12 août 2013
Rien d'autre à faire
Une grenouille minuscule grouille dans ma main.
Les êtres sont-ils partie de la terre, comme les arbres?
Ou en sont-ils détachés?
11 août 2013
Vieil or
Le monde d'avant n'existe plus.
Tes rêves d'aujourd'hui sont secs.
Vieil homme aigri, qui s'en va mourir, ne vois-tu rien venir?
Tes rêves d'aujourd'hui sont secs.
Vieil homme aigri, qui s'en va mourir, ne vois-tu rien venir?
10 août 2013
Époque
Il est minuit.
J'entends des flopées d'enfants qui jouent dehors.
À quelle époque sommes-nous?
J'entends des flopées d'enfants qui jouent dehors.
À quelle époque sommes-nous?
4 juillet 2013
18 juin 2013
12 mai 2013
30 avril 2013
Carrousel
La boîte à chaussure que tu tiens dans tes mains contient ton cerveau.
Malaise de ressentir au bout des doigts cette chaleur propre à la vie organique, qui traverse le carton, balancement irrégulier de la masse qui roule à l'intérieur, au gré de tes gestes volontaires, involontaires.
Car tu te dodelines, selon ton habitude, affichant ce sourire vide des grands jours.
Mais le jour s'est mué en soir, à mesure que le monde a changé. Tu ne t'en es même pas rendu compte.
Ton intelligence a toujours été plutôt confinée, sauf qu'aujourd'hui c'est devenu l'évidence. Ce n'est plus une allégorie, tout le monde pourrait le voir. Mais personne n'est là.
Le vieux jour clinquant, bruyant, celui qui t'as usé, n'a plus de réalité. La noirceur a trouvé sa niche, et les insectes recommencent leur vie intense, dans la tiédeur. On entend des bruits dégueulasses: De la chair qui s'enfonce dans de la chair, une évocation de la jouissance mélangée au désespoir. On ne sait pas d'où ça vient. Comme si on cherchait à mourir en se privant d'air mais qu'on ne trouvait qu'un souffle encore plus grand, impossible à contenir, immense. Comme quand on déplie l'accordéon.
Pense au soulagement que tu connaîtrais, si tu ne te réveillais plus dans ce monde. Si tu n'en revenais pas de cet univers sombre.
Les lumières du soir font des lignes de couleur autour du monde, et à force de rouler sa moiteur, dans la boîte de carton, ton cerveau s'abîme; Les vagues lueurs d'une migraine à venir t'apparaissent. Ton sourire prend des airs ambigus au clair de la lune. Ton regard vide se vide encore un peu plus. Tu répètes quelques mimiques en boucle, sans trop de conviction, comme pour signifier qu'il n'y a pas de sens. T'es devenu l'ombre -chatoyante, certes, de toi-même.
La nuit commence à peine et déjà tu veux choir dans l'herbe, t'agripper à la terre.
Malaise de ressentir au bout des doigts cette chaleur propre à la vie organique, qui traverse le carton, balancement irrégulier de la masse qui roule à l'intérieur, au gré de tes gestes volontaires, involontaires.
Car tu te dodelines, selon ton habitude, affichant ce sourire vide des grands jours.
Mais le jour s'est mué en soir, à mesure que le monde a changé. Tu ne t'en es même pas rendu compte.
Ton intelligence a toujours été plutôt confinée, sauf qu'aujourd'hui c'est devenu l'évidence. Ce n'est plus une allégorie, tout le monde pourrait le voir. Mais personne n'est là.
Le vieux jour clinquant, bruyant, celui qui t'as usé, n'a plus de réalité. La noirceur a trouvé sa niche, et les insectes recommencent leur vie intense, dans la tiédeur. On entend des bruits dégueulasses: De la chair qui s'enfonce dans de la chair, une évocation de la jouissance mélangée au désespoir. On ne sait pas d'où ça vient. Comme si on cherchait à mourir en se privant d'air mais qu'on ne trouvait qu'un souffle encore plus grand, impossible à contenir, immense. Comme quand on déplie l'accordéon.
Pense au soulagement que tu connaîtrais, si tu ne te réveillais plus dans ce monde. Si tu n'en revenais pas de cet univers sombre.
Les lumières du soir font des lignes de couleur autour du monde, et à force de rouler sa moiteur, dans la boîte de carton, ton cerveau s'abîme; Les vagues lueurs d'une migraine à venir t'apparaissent. Ton sourire prend des airs ambigus au clair de la lune. Ton regard vide se vide encore un peu plus. Tu répètes quelques mimiques en boucle, sans trop de conviction, comme pour signifier qu'il n'y a pas de sens. T'es devenu l'ombre -chatoyante, certes, de toi-même.
La nuit commence à peine et déjà tu veux choir dans l'herbe, t'agripper à la terre.
9 avril 2013
8 avril 2013
Moins il y a d'homme, plus il y a d'âme
Depuis que je n'écris plus, je ne vis plus. Je suis comme un stupide papier d'emballage froissé, vide.
Ma tête est à côté de ma tête. Tout tombe par terre, car je ne sais plus où est mon corps. Je suis devenu une machine, ou plutôt un machin. Je ne suis plus tellement humain.
Sept cent dix millilitres de bière dans le frigo, ça me fournit une ambiance. Ça et l'absence de vie, les corps éteints dans les compartiments du bloc, les arbres lavés du dehors, dégoulinants, les poubelles qui dégringolent des balcons à l'éclairage jaune.
Comme il est bon, ce soir, de voir que personne ne s'en préoccupe.
Moins il y a d'homme, plus il y a d'âme.
Seul, je m'autorise à vivre un peu. J'entrouvre la fenêtre (crépitement de la fin du disque), et puis je me déplace dans l'appartement, réapprends à bouger.
On dirait que les forces de l'univers sont inversées, contraires, bienfaitrices pour une fois, comme dans une vieille encyclopédie. Tout est neuf et je peux voir le fil tendu entre les étoiles, les paumes de main moites de la nuit sur terre. Capter cette odeur et cette lumière, déjà sur le point de disparaître.
Je vais la boire, cette bière. Je vais me faire un petit cinéma, voir mes vies défiler dans la pénombre. Me balancer doucement, avec l'espoir que le bateau chavire.
C'était l'idée de départ, partir avec l'espoir de chavirer.
Ma tête est à côté de ma tête. Tout tombe par terre, car je ne sais plus où est mon corps. Je suis devenu une machine, ou plutôt un machin. Je ne suis plus tellement humain.
Sept cent dix millilitres de bière dans le frigo, ça me fournit une ambiance. Ça et l'absence de vie, les corps éteints dans les compartiments du bloc, les arbres lavés du dehors, dégoulinants, les poubelles qui dégringolent des balcons à l'éclairage jaune.
Comme il est bon, ce soir, de voir que personne ne s'en préoccupe.
Moins il y a d'homme, plus il y a d'âme.
Seul, je m'autorise à vivre un peu. J'entrouvre la fenêtre (crépitement de la fin du disque), et puis je me déplace dans l'appartement, réapprends à bouger.
On dirait que les forces de l'univers sont inversées, contraires, bienfaitrices pour une fois, comme dans une vieille encyclopédie. Tout est neuf et je peux voir le fil tendu entre les étoiles, les paumes de main moites de la nuit sur terre. Capter cette odeur et cette lumière, déjà sur le point de disparaître.
Je vais la boire, cette bière. Je vais me faire un petit cinéma, voir mes vies défiler dans la pénombre. Me balancer doucement, avec l'espoir que le bateau chavire.
C'était l'idée de départ, partir avec l'espoir de chavirer.
2 avril 2013
Les chats, la nuit.
La nuit, tous les chats sont châtains.
La nuit, tous les chats sont charbons. Tous les chats sont azurs. Tous les chats sont émeraudes. Tous les chats sont cobalts. Tous les chats sont lavandes. Tous les chats sont marines. Tous les chats sont saphirs. Tous les chats sont turquoises. Tous les chats sont briques. Tous les chats sont bruns. Tous les chats s'embrouillent.
Tous les chats sont albâtres. Tous les chats sont vermeils. Tous les chats sont ébènes. Tous les chats sont fuchsias. Tous les chats sont sépias. Tous les chats sont kakis. Tous les chats sont absinthes. Tous les chats sont topazes. Tous les chats sont rouilles. Tous les chats sont rubis. Tous les chats s'y fondent, la nuit.
Tous les chats sont en feu.
La nuit, tous les chats sont charbons. Tous les chats sont azurs. Tous les chats sont émeraudes. Tous les chats sont cobalts. Tous les chats sont lavandes. Tous les chats sont marines. Tous les chats sont saphirs. Tous les chats sont turquoises. Tous les chats sont briques. Tous les chats sont bruns. Tous les chats s'embrouillent.
Tous les chats sont albâtres. Tous les chats sont vermeils. Tous les chats sont ébènes. Tous les chats sont fuchsias. Tous les chats sont sépias. Tous les chats sont kakis. Tous les chats sont absinthes. Tous les chats sont topazes. Tous les chats sont rouilles. Tous les chats sont rubis. Tous les chats s'y fondent, la nuit.
Tous les chats sont en feu.
20 février 2013
28 janvier 2013
Bob, l'éternelle.
Cette semaine, je ferai un petit Breton de moi-même, et j'accompagnerai mon texte d'une, enfin de deux photographies, que je vous livre ici côte à côte.
La première (celle de gauche) date de 1967, et la deuxième de 2012.
Voici donc l'effort que je vous demanderai de faire: Simplement, de regarder attentivement ces deux images et de réaliser, de vraiment bien comprendre, que quarante-cinq années les séparent.
Prenez cinq minutes pour le faire.
Quarante-cinq (45) ans, donc.
Oubliez l'homme au chandail de polyester (même pas) mauve, pauvre animal concupiscent disparu depuis si longtemps au fin fond d'un trou noir abyssal d'où personne n'est revenu. On ne compte plus les grains de poussière (et leurs descendants) qu'il constituât de sa carcasse et de son âme, au fil du temps, l'animal. Tous les cendriers de l'univers ne suffiraient pas à les contenir.
Elle, s'appelle Bob. Un prénom certes étrange pour une femme, j'en conviens. Nous ne traiterons pas de cette question ici. Précisons seulement qu'il advint, par un concours de circonstances, que Bob fut ma mère.
Je naquis en 1971, soit assez peu de temps après cette photo (celle de gauche) où elle semble bien tolérer les élans lubriques de mon père, vieux filou, va. Faut croire qu'il voulait un deuxième fils. Et il l'obtint! Puis il y eut la décennie soixante-dix, la décennie quatre-vingt, la décennie quatre-vingt dix, et la décennie deux mille.
Il y a quelques semaines, vers Noël, je roulais en direction de Québec, dans un autobus de la compagnie Orléans. Ces véhicules rembourrés/climatisés prétendent offrir à leur clientèle un confort absolument optimal. Et y parviennent.
De sorte qu'il devient difficile d'y faire quoi que ce soit d'autre que somnoler. Et qui s'en plaindrait?
Qui, dans cette existence violente de notre époque, sculptée à même l'angoisse des armes de destruction massive, ne rêve pas de tout bonnement somnoler?
En ce qui me concerne, peu importe le prix, chaque fois que j'ai besoin de me déplacer d'une ville à l'autre, j'opte pour ce type d'autobus.
C'est dans ces circonstances, ayant ouvert les yeux plus où moins sans raison, quelque part aux alentours de Trois-Rivières, que j'aperçus à côté de moi ma mère.
Mais pas la vieillarde quelle était devenue, non. Simplement ma mère, entre deux âges, une sorte de version immuable d'elle-même, telle qu'elle devait être aux alentours de 1980: Ce qu'on appelle souvent la force de l'âge. Elle somnolait aussi, et j'en ai profité pour la photographier.
Je suis ravi de savoir que tu existes encore sous cette forme non-altérée de toi-même, Bob, qui que tu sois dans tes rêves.
Et ravi aussi d'apprendre que d'une certaine manière, en un lieu particulier de l'existence, nous sommes condamnés à n'avoir pas d'âge, et à toujours exister.
La première (celle de gauche) date de 1967, et la deuxième de 2012.
Voici donc l'effort que je vous demanderai de faire: Simplement, de regarder attentivement ces deux images et de réaliser, de vraiment bien comprendre, que quarante-cinq années les séparent.
Prenez cinq minutes pour le faire.
Quarante-cinq (45) ans, donc.
Oubliez l'homme au chandail de polyester (même pas) mauve, pauvre animal concupiscent disparu depuis si longtemps au fin fond d'un trou noir abyssal d'où personne n'est revenu. On ne compte plus les grains de poussière (et leurs descendants) qu'il constituât de sa carcasse et de son âme, au fil du temps, l'animal. Tous les cendriers de l'univers ne suffiraient pas à les contenir.
Elle, s'appelle Bob. Un prénom certes étrange pour une femme, j'en conviens. Nous ne traiterons pas de cette question ici. Précisons seulement qu'il advint, par un concours de circonstances, que Bob fut ma mère.
Je naquis en 1971, soit assez peu de temps après cette photo (celle de gauche) où elle semble bien tolérer les élans lubriques de mon père, vieux filou, va. Faut croire qu'il voulait un deuxième fils. Et il l'obtint! Puis il y eut la décennie soixante-dix, la décennie quatre-vingt, la décennie quatre-vingt dix, et la décennie deux mille.
Il y a quelques semaines, vers Noël, je roulais en direction de Québec, dans un autobus de la compagnie Orléans. Ces véhicules rembourrés/climatisés prétendent offrir à leur clientèle un confort absolument optimal. Et y parviennent.
De sorte qu'il devient difficile d'y faire quoi que ce soit d'autre que somnoler. Et qui s'en plaindrait?
Qui, dans cette existence violente de notre époque, sculptée à même l'angoisse des armes de destruction massive, ne rêve pas de tout bonnement somnoler?
En ce qui me concerne, peu importe le prix, chaque fois que j'ai besoin de me déplacer d'une ville à l'autre, j'opte pour ce type d'autobus.
C'est dans ces circonstances, ayant ouvert les yeux plus où moins sans raison, quelque part aux alentours de Trois-Rivières, que j'aperçus à côté de moi ma mère.
Mais pas la vieillarde quelle était devenue, non. Simplement ma mère, entre deux âges, une sorte de version immuable d'elle-même, telle qu'elle devait être aux alentours de 1980: Ce qu'on appelle souvent la force de l'âge. Elle somnolait aussi, et j'en ai profité pour la photographier.
Je suis ravi de savoir que tu existes encore sous cette forme non-altérée de toi-même, Bob, qui que tu sois dans tes rêves.
Et ravi aussi d'apprendre que d'une certaine manière, en un lieu particulier de l'existence, nous sommes condamnés à n'avoir pas d'âge, et à toujours exister.
18 janvier 2013
Quelle religion préférez-vous?
a) Entre deux rêves, cette nuit, j'y ai réfléchi
b) Le vacarme des liens
c) Le brouillard de la solitude
4 décembre 2012
Le jour et la nuit sont le même animal
Et rien n'incite à la productivité: ni cette fine couche de neige sur les toits, ni cette lumière de cristal brisé, ni les rares feuilles encore accrochées aux branches, rendues presque noires par la dureté des jours qui vont, qui viennent, s'accumulent en strates successives, comme des sédiments.
Des jours qui s'effritent au moindre toucher.
À force, je ne sais même plus pourquoi on bouge.
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Dernier message rue Marmier
C'est la fin pour Rue Marmier. Parce que j'habite maintenant loin de cette rue, et que je me situe ailleurs aussi, sur tous les plan...
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C'est la fin pour Rue Marmier. Parce que j'habite maintenant loin de cette rue, et que je me situe ailleurs aussi, sur tous les plan...














































