19 juillet 2024

Dernier message rue Marmier

C'est la fin pour Rue Marmier. Parce que j'habite maintenant loin de cette rue, et que je me situe ailleurs aussi, sur tous les plans. Envie de faire un gros ménage dans ce foutoir aussi, dont tous les textes, photos, etc. seront retirés progressivement, au fur et à mesure que j'ai le temps de m'en occuper, jusqu'au point d'extinction, éventuellement.

Je continue à bloguer, cependant. Je vous invite à me visiter plutôt ici: https://uneboitedenuit.blogspot.com/

On aurait tort de s'en faire.

XX

29 juin 2024

Gazouillis

 

Le ciel n'est plus noir d'espoir. 

D'ailleurs ça toujours été inexact.


La nuit est pour l'instant grise. Même pâle.

Un avion enterre toutes les paroles de la rue. 

Des oiseaux tombent du ciel en gazouillis.


Un rêve rentre dans le mur comme j'allais le toucher. 

Brutal.

Comme faire l'amour à noirceur.





25 juin 2024

De la musique

 

Toute cette musique. Lourde.

Comment ça fait pour tenir le coup, dans le creux d'une oreille, sur le plancher d'un appartement?

Ou dans la mémoire?


Le trafic humain détruit tout, mais de ça, il ne restera plus trace. De la destruction, je veux dire.

Les formes de conscience qui existeront n'auront pas idée de ce que put être l'humain. 

Pas même un reflet. 

 

La grande consolation, c'est qu'il y aura des oiseaux. 

Sans entendeur, de la musique.



3 juin 2024

Des pantins, dans chaque maison

 

 

Allez, balance ton corps, pantin. 

Dans chaque maison 

balance ton âme. 

 

Pas besoin de trop t'agiter, 

ni d'afficher d'émotions humaines, 

juste paraître à la fenêtre, à intervalles réguliers. 

 

Mimer quelque agitation. 

Donner l'illusion. 

Créer un monde auquel quelqu'un pourra croire. 

 

De toute action un tant soit peu mécanique, 

d'avoir singé l'émotion d'être, 

un jour, tu seras imputable. 

 

D'ici là je t'observe, t'admire. 

 

Pantin, dans chaque maison, 

balance ton corps, 

sans relâche. 

 

Avec les moyens du bord,

Contente toi d'exister.

 

 

28 octobre 2023

Étude pour piano

 

Le sommeil me harponnait sur le divan, tandis que Paul Jacobs déversait dans le milieu de ma tête toutes les notes du premier livre d'études pour piano de Debussy, pêle-mêle, apparemment, sans même une poussière sous l'aiguille. On aurait dit que je comprenais enfin la musique, justement de ne plus la comprendre.

J'avais commencé à réfléchir, entre deux gorgées de tisane, à préparer mes choses sur la terrasse en prévision de l'hiver. Les bâches, les cordes, les élastiques, comment j'allais tout envelopper, tout disposer en vue du pelletage, etc.

Le plus embêtant était Paul Jacobs lui-même, et surtout, son piano à queue. Parce qu'il faudrait une bâche immense, ou en combiner plusieurs; soulever le piano afin que les pattes soient aussi protégées du contact direct avec la neige. Le pianiste mort en 1983 se montrerait probablement docile, pensai-je, mais il afficha une humeur sombre, alors que je commençais à envelopper sa tête sous une bâche bleue, qui sentait bon les feuilles pourries et le début d'hiver.

Je me sentis bien vite fatigué, écrasé par la complexité de la tâche. La vie terrestre était décidément quelque chose de lourd, de fatal, un navire destiné à sombrer : C'était mission impossible.

J'abandonnai les bâches au vent. La neige n'avait qu'à venir. Je ne bougerais plus jamais, n'ouvrirais plus jamais les yeux, ni Paul Jacobs d'ailleurs. Ma doudou me suffisait. Et la musique. Et les vapeurs de la tisane. La face b du disque était interminable, les notes continuaient de s'égrainer sans fin et défieraient bientôt les premiers flocons, qui ne tarderaient sûrement pas, à en juger par la couleur du ciel.

 


 

13 octobre 2022

L'avenir

Un démon râle, à l'entrée d'une ruelle, se laboure les cordes vocales, la face à l'ombre. Je pense: l'enfer existe. 

Je pense: j'espère qu'il n'a pas froid, que son manteau n'est pas trop déchiré, qu'il trouvera un bout de pain quelque part, un vieux café exempt de mégot, peut-être un ou deux dollars, ou cinq.

Sa tête est immonde et sombre. Il pourrait refuser de venir au monde, permettre à toutes les nouvelles peurs du moyen-âge de surgir, s'il en décide. Il est trop tard pour le dire.

Et si la lumière ne revenait jamais?

Prévoir qu'une légère bruine va commencer à vingt-deux heures dix-huit et s'interrompre seize minutes plus tard, c'est prévoir l'avenir, non?

 

2 avril 2021

Guitar Motor

 

J'avais réglé l'éclairage de cette façon, assez bas, comme une ampoule de dix watts, je ne sais trop pourquoi, un peu comme dans une chambre de réveil, à l'hôpital. Peut-être pour guérir, mais dans le contexte infiniment plus chaleureux d'une cuisine d'appartement du quartier Hochelaga, où je passais quelques jours à nourrir les plantes d'une amie partie gagner sa croute au Nunavut.

Dans la pénombre contrôlée, je ne distinguais plus rien de façon très claire, mais parvenais tout de même à situer tel ou tel objet, au besoin.

Mes lunettes sont là. La bouteille est là. Là, devant moi, des orchidées sans couleur.

Il fallait faire quelque chose avec ce brocoli, qui croupissait au réfrigérateur, mais quoi? Le bouillir, hors de question. Le déposer en guise de déco, plus ou mois, à côté d'une quelconque partie d'animal mort, pas question. Je me suis dit qu'une salade était une bonne idée : J'ai ciselé de l'échalote, versé un peu d'huile d'olive dans un cul de poule, et -miracle, déniché au fond de l'armoire (malgré l'éclairage franchement déficient) une bouteille de vinaigre de riesling qui me faisait d'emblée, peut-être à cause du nom, l'impression de valoir cher et qui, probablement, goûterait assez bon. Mon amie, celle qui est au Nunavut, elle a bon cœur. Je crois qu'elle me permettrait d'en échapper quelques gouttes dans ma salade.

Au tour, maintenant, de la tâche relativement pénible de réduire une grosse tête de brocoli en dizaines de petits bouquets. On entendait les voisins vivre, mais en sourdine, tellement qu'une sorte de dimension abstraite, due aussi à l'éclairage singulier, commença de m'envelopper. Je ne voulais pas retourner dans la vraie vie. Ça me convenait, cette sorte de rêve embourbé de réel. J'allumai mon petit speaker.

Les premières notes d'une pièce d'Oren Ambarchi, Guitar Motor, se répandirent dans l'appartement comme un verre de cristal qui éclate en milliers de morceaux, mais lentement, pendant quinze minutes vingt-trois secondes. C'était un mécanisme, articulé mécaniquement, si je me souviens bien, avec une roue de vélo, qui percutait les six cordes d'une guitare au son amplifié par un petit micro dissimulé à l'intérieur de la caisse de résonance. C'était plaisant comme une hécatombe, entêtant comme une paralysie de la face cachée du monde... Je me sentis instantanément heureux. Soulagé du poids de la vie.

Plus les bouquets seraient petits, mieux la vinaigrette allait pénétrer la chair du brocoli, plus gastronomique serait l'expérience. Je me suis dit : Je vais aimer cette musique dans ma bouche. Ce croquant laborieux.

Il existe d'autres mondes. Quand certains volets sont ouverts, on peut voir, peut-être même entendre, des époques ou des planètes disparues, ou jamais apparues. J'eus envie de sourire lentement, très lentement, comme du cristal qui éclate.

Mais le temps de le dire, cette envie m'était passée.

 

11 octobre 2020

Peut-être l'automne

 Je me souviens que l'automne était ma saison préférée. À l'époque de Québec, et même plus tard, de la rue Casgrain. Ému aux larmes j'étais, encore à trente ans, devant un petit tas de feuilles déséchées peinturé de lumière, promené par le vent autour du banc municipal où j'avais mes habitudes, rue Saint-Jean, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste.

Cette impression d'ouvrir toutes les vannes en même temps, d'évacuer l'air vicié, de me remplir d'air frais, salvateur, dans la même respiration, au point d'en percevoir les couleurs avec encore plus d'acuité, et même les sensations tactiles, les odeurs de café fraîchement torréfié qui couraient le long du faubourg Saint-Jean-Baptiste, ou plus tard du Mile-End, en des dimanches matin comme il n'en existera plus jamais.

J'en oubliais la possibilité de mourir, et même la peur de vivre. Je voyais la lumière : Pas tellement les formes, les objets illuminés, mais vraiment la lumière elle-même, celle qui n'a besoin de rien. Comme si on arrivait au seuil de la mort et qu'une sorte d'ange terre à terre, d'apparence humaine, venait nous cueillir, clin d'oeil et sourire en coin, nous expliquer que l'échéance était repoussée d'au moins une vie, qu'on allait de ce pas redevenir petit enfant, retrouver le sein d'une mère et tout recommencer en un peu mieux, sachant toutes les caresses, tous les émois, tous les orgasmes à venir...

Pendant longtemps, c'était ça pour moi l'automne. 

À l'aube de la cinquantaine, en l'an de grâce deux mille vingt, en pleine pandémie, en plein règne de Trump, je tente de m'accrocher à la première misérable branche venue pour retrouver cette foi. Aujourd'hui dix octobre, il fait tellement beau « sur » Montréal que j'y parviens presque : Il y a une douceur dans la lumière, une sorte de tiédeur bronchodilatatrice, qui me rappelle Hydra, ou Sintra, ou quelconque lieu magique du vieux continent. On ne dirait presque pas l'Amérique du nord et sa mystique industrielle, trop hard, trop crue. Pourtant tout est là de Montréal: Des treillis usés, mal mesurés, d'un balcon à l'autre dans une ruelle dénuée de tout charme particulier, des écureuils qui parcourent les fils électriques à hauteur d'un deuxième étage, des silhouettes inconnues qui ouvrent et claquent les portes sans gène, sans manière. Des québécois rustres et mal éduqués, malgré quelque diplôme universitaire. Incapables de dire bonjour. Comme si on ne nous avait pas fait lire Proust, Balzac ou Dostoïevski, et qu'on avait plutôt tenté de nous inculquer des formules d'algèbre. Comme si on n'avait jamais appris à penser.

Un pot Masson abandonné sur le balcon d'à côté. Un fond de bière ou de tisane séché. Un cendrier noirci, cochonné par les intempéries, nous rappelle qu'il existe encore des fumeurs, même si on ne les voit plus. Et la lumière qui s'en va de l'autre côté de la maison. Je pense que je vais rentrer. 

Cesser de croire au faubourg Saint-Jean-Baptiste, au Mile-End, à Jean Leloup qui gratte sa guitare assis dehors, rue Bernard, en face du Dépanneur Café. 

Tout ça n'existe déjà plus. 

Je sais que personne ne viendra me chercher au seuil de la mort, pour m'inviter à renaître, que le sein de ma mère est maintenant, pour toujours, décomposé dans la terre ; Que soixante pour cent des animaux sauvages ont disparu de la surface du globe depuis quarante ans ; Que le balai des saisons va continuer encore un peu et puis bon dieu, comme ils disent, que la mort viendra comme un voleur.

Peut-être en automne.


20 juillet 2020

Or

L'arbre, lorsqu'il comprit qu'on parlait de lui, cessa de bouger, paralysant toutes ses branches, toutes ses feuilles, du tronc à la cime, il se figea.
Or, immédiatement après la pause dont j'eus besoin pour formuler cette réflextion, au moment exact où j'allais l'écrire, il fut remué par le vent.

11 août 2019

La foi

Il avait envisagé que partir se passerait de cette manière: à peu près comme de s'endormir, mais en plus définitif, qu'il glisserait vers un trou noir sans fond, que la chute serait une incommensurable accélération et que simplement, il s'en irait tellement loin qu'il ne pourrait plus jamais revenir.

Et au moment où la descente commença, l'effet des médicaments se dissipa brièvement et il parvint à promener son regard autour, effleurant une dernière fois celui des proches qui avaient choisi d'être là, individualités plus ou moins définies, pour l'heure quelque peu grimaçantes et compatissantes, dont il ne savait plus vraiment les noms. D'ailleurs, à ce stade, à quoi bon nommer?

Il choisit de fermer les yeux et s'agrippa tant qu'il put aux draps frais -dernière sensation tactile qu'il éprouvera jamais, avec le peu de force qu'il lui restait.

Tel que prévu, la descente s'accéléra gravement, et il n'eut plus de temps que pour une dernière pensée, que l'on pourrait formuler à peu près en ces mots: Je vais continuer d'exister.

Il s'éteignit.  




22 juillet 2019

Goélands

Hâte aux intempéries, aux changements climatiques tant de fois promis, jamais vraiment livrés direct sur ta gueule inhumaine d'innomable bâtard abruti.

Le sourire niais, d'albâtre, comme si nos jours étaient comptés, je ne l'ai pas voulu.

J'ai souhaité une banquise, une chiée de noirceur en plein ciel, des dégueulis d'oiseaux avinés pourris les yeux ouverts : La foire de l'humanité.

Tu te souviens de cette décennie qu'on a cru haïr et qui maintenant, de loin, parait briller comme un soleil?

On ne va pas y retourner. 


25 novembre 2018

Dans la même barque que d'autres

C'est drôle cette histoire de vieillir. J'en ris presque.

Un tout petit rire en coin, au fait, peut-être même un peu étouffé de la main gauche. On verra plus tard à le couper au montage. Ou était-ce plutôt une sorte de raclement de gorge ? Bref, on l'oubliera.
D'ailleurs, quelqu'un, dans la salle, a entendu quelque chose?

C'est un de mes moments préférés. Quand tout le monde se tait. Cet instant où, dans une salle de cinéma, 50, 80, 120 personnes se taisent, alors que l'écran est toujours dissimulé derrière un immense rideau. Cette minute, minute et demie, où on distingue à peine quelques derniers frottements de manteau, où quelqu'un en fond de salle essaie de toussoter, effort paresseux et vain pour soulager un vague malaise ambiant.
C'est une expérience en soi, et une des raisons pour lesquelles, à mon avis, on ne pourra jamais abandonner complètement les salles de cinéma, même si toute la cinématographie mondiale peut apparaître en un seul clic à l'écran de votre téléphone, alors que vous tentez tant bien que mal de vous agripper dans un autobus bondé qui vous transporte péniblement dans la ville crasseuse vers ce boulot que vous souhaiteriez abandonner à tout jamais n'est-ce pas.

À n'en point douter, le silence est ailleurs, tapis au fond de l'univers d'une salle de cinéma.

Il faut sortir, en effet, souffrir quelconque intempérie, les aléas du trafic, et accepter d'interagir avec au moins une autre personne, ne serait-ce que l'employé qui vend les tickets, ce qui peut représenter une violence considérable. Mais rien n'est donné : C'est ce qu'il en coûte pour parvenir, éventuellement, à l'état de groupe objectif, silencieux, non-belligérant. Se retrouver dans la même barque que d'autres et ne pas sombrer. Ceci est rare.

On ne vous regardera même pas lorsque vous arriverez. On appréciera peut-être le froissement du nylon ou du caoutchouc de votre imperméable. On captera peut-être un peu de la fragrance de votre shampoing ou désodorisant. Et peut-être même, les bons soirs, serez-vous décortiqué de la tête aux pieds par quelqu'un posté discrètement un peu plus loin. Une personne charmante, si possible. Bref, on n'aura qu'une idée fort embryonnaire de qui vous êtes réellement, mais votre présence sera notée d'une manière ou d'une autre.

À peine aurez-vous réussi à installer vos affaires, à défaire les noeuds de vos bottes qui serraient un peu trop fort, que vous serez aspirés par ce silence du groupe, cette communion involontaire, soit, un état d'esprit qui n'appartient pas qu'à vous.
Et il vous prendra peut-être l'envie, après quelques minutes de cet inconfort relatif, de vous lever brusquement et de hurler, en vous pointant du doigt : "Hey! Je suis le vieux!" ou "C'est moi le barbu!", ou "C'est moi le gentil", comme s'il s'agissait ici de s'attribuer un rôle, alors que personne ne l'exige. Ce que le silence peut nous faire commettre, parfois, comme singerie.

Mais plus vraisemblablement, vous vous enfoncerez dans votre fauteuil et arriverez au seuil de disparaître. Votre esprit va ralentir, et s'immobiliser en quelque part de cette route cahoteuse du silence collectif.
Et avant que tout ceci devienne insoutenable, l'immense rideau va s'ébranler, découvrir un écran fantomatique, qui bientôt va commencer à crépiter, de ce crépitement capable de soulager tous les mots d'esprit. Comme à l'époque où rien n'était virtuel.

Le panorama d'une immense ville va apparaître. Peut-être New York sous la neige (pourquoi ne pas rêver?), ennobli par un noir et blanc crayeux, tout un tas de lumières et de zones d'ombre qui palpitent. Vous aurez à peine le temps de déglutir une dernière fois.

Et avec un peu de chance, il y aura une histoire.


1 décembre 2017

Cor de basset



Tant qu'on est anonyme, qu'il y a pollution, que le ronronnement doux de tous les moteurs dure, qu'il remue la terre jusqu'au tréfonds, que le vent s'échappe d'une plinthe, souffle une chandelle sans jamais l'éteindre, quelque part. 

Il était une foi, une flamme.

Je ne sais pas aimer, ils ne savent pas haïr, la mort est une posture noble. 
I miss my clarinet so much, avec force salive.

Et dans un creux du crépuscule, même pas de lumière, vers minuit moins quart, conclure le deal.

3 septembre 2017

Rêverie du rat



Je deviens libre quand je perds connaissance, la gueule à terre, dégoulinante de béton, de poussière, démoli, enfin.
Muni d'un désir de griffonner quelque chose.

Seul avec un immense dieu venteux, à oublier l'histoire, les paupières tombantes, perforées d'étoiles parmi les camions, les geysers.

Quand est-ce que ça va devenir vrai?

Comme à la radio, le soir, autour d'une lampe analogue, de rideaux raides, poussiéreux, d'un microphone éteint, de kilomètres de corridors vides, incendie au ventre. 

Tu vois cette lumière qui se retire à jamais ?





28 mai 2017

Hologramme




As-tu toujours envie, la nuit, de dire le mot cheval?

À cette heure, je veux devenir sourd. Hurler en coin. Approfondir le bruit de la pluie sur le coal tar chaud et mou, ce genre d'extase.

rien qu’en clignant des yeux, tu pourrais me libérer.

Je laisserai quand même une petite lampe à brûler, la nuit , j’aménagerai une plage horaire.
Un miracle est si vite arrivé.

Le vent transporte les montagnes.



25 février 2017

Émulsion du soir, espoir.


J’hésite à t’écrire.

Je n’ai pas dormi depuis si longtemps que le ciel paraît clair.
Je ne me souviens pas avoir bu de cet alcool sans en renverser.

C’est comme la fois où j’ai voulu qu’on arrive au crépuscule trop vite ; Il lui manquait quelque sombre humeur, à la fin, pour pouvoir me plaire.

On en sort comment, dis-moi, de cette cage thoracique?

Je pourrai respirer ailleurs, plus tard.
Le sucre me fait glisser sur les mots qui cherchent une façon de te dire que nous sommes toujours liés.


1 novembre 2016

Je te ferai voir des étoiles


Tu m'oublieras longtemps, l'esprit vieux, chiffonné en tapon, comme rabougri.
Tu boiras le thé à satiété, bruyamment, sans parvenir à conscience ; T'en verras sécher les feuilles au beau jour, dans trop de lumière, sans que ça te revienne encore.

Je te ferai voir des étoiles, dans longtemps. 

Tandis qu'ils en sont à réinventer l'absinthe, qu'ils parlent de paix, de globules bleus, d’endroits où l’on pourrait se réfugier en cas d'attaque, les yeux rances, hors de soi, hors de tout tumulte et de tout doute.

Mais ne sachant quel crépuscule choisir.

Nous ne sommes pas maintenant. Nous sommes bien plus tôt, bien plus tard, au milieu d'une nuit polaire qui mène au creux où tu vis. 
Tandis que t'es partie fumer, je cherche à comprendre, tête contre ciel, l'histoire d'un mal à tout casser.

Je te ferai voir des étoiles, un jour, tu sais, quand je t'étranglerai.

6 juin 2016

Bruit d'images


Au commencement il y eut le pied.
Ensuite l'anus. Le ventre. Et les dents.
Et le reste de ce qui s’est écroulé.

Et j’ai peur que ça arrive encore : Que la lumière baisse à l’extrême, comme avec un dimmer, quand tu vas au plus bas. Cette sorte de picotement de l'espace vide qui groove de caquètements tristes en caquètements fluorescents.

Ta face d'enterrement quand ça arrive. Tes gestes de guenon qui a perdu ses petits. 
Ton sourire mort sans rire.

Me rendre dans l'espace en empruntant un corridor d'asphalte.
Trouver une ampoule à cinq ou dix watts.

Boire assez d'eau pour survivre. 

1 mars 2016

Dernières émotions vastes


J’aimerais vivre l’expérience qu’on me tire une balle en pleine face en pleine rue en pleine nuit l’hiver sans raison surtout.
Un soir de sucre à glacer, de poudre à récurer le sang.

L’éléphant maigre et noir, qui se tient derrière les containers dans la ruelle, entre Beaubien et Bellechasse, il remue à peine.

Nous sommes en temps ordinaire.

On marche à demi-mot toi et moi. Je me sens cool dans tes veines.
Ce qui n'a rien de personnel.


3 janvier 2016

Le front froid

Tout le monde s’est perdu : crumble d’asphalte, clôtures tordues, chars à klaxons, empilés comme lumières de Noël scintillantes au fond d’une boîte de carton.

Perdue, aussi, la trace de livres mouillés, mélange de bibles, catalogues et cahiers manuscrits, fondus ensemble dans le crépuscule, iI me semble.

Il en reste un coulis.

Effoiré dans l’univers, le front froid et la pilosité d’un mort, j’ai pensé : Poudrerie du soir, espoir.

Et suite à un malentendu, il a neigé.

27 novembre 2015

Apparté

À chaque rencontre véritable, après les politesses d'usage, on convient de différentes choses : Que le libre arbitre existe, que toutes les possibilités sont encore ouvertes, malgré les délais et des talents limités, et que l'âme ne vieillit pas.
Quand l'un des deux montre un signe de fatigue, l'autre répond de manière polie, et on se sépare, généralement, sans trop tarder.

Ensuite, une fine pellicule de poussière apparaît, créant cette impression de permanence, de pérennité, caractéristique de la nuit. Ce qui est une illusion.

La poussière est une notion extrêmement instable sur la terre.
 

30 août 2015

L'agrile du frêne

Je ne sais pas pourquoi, ce matin je m'attends à découvrir, par exemple, qu'une famille habitait sur le toit de la maison depuis toujours, sans que je le sache.
Le père, loqueteux, penché au dessus du vide, qui demande à manger pour sa marmaille, dans des gestes d'étranger.
Ou à trouver une bête sauvage tapie au fond d'une mémoire de la cuisine, paniquée.
Ou qu'un boeing a percuté l'une des deux tours jumelles, encore.

Que serait la fête, sans tristesse?

Perdu l'habitude du calme. De la lumière qui se dépose sur un bouquet de fleurs, en paix avec l'ombre. De la rue mouillée, brillante, déserte.

Dans l'attente d'un retour à l'état de panique familier, les boyaux sortis du ventre, suspendus aux branches de l'arbre.

Parmi l'agrile du frêne. 



7 juin 2015

La terre tremble en permanence

Quel calme ce soir ; quel déséquilibre. On ne va peut-être même pas parler.
On va s’asseoir dans la nuit, tandis que le monde rate sa vie.

Mais comment t’as fait? Comment t'as fait pour vivre?

J’ai failli dire. Ça et : je regrette l’hiver.
Toutes phrases impopulaires, à éviter lors d’une entrevue d'emploi,
d’une nuit d’été.

Nous sommes à la recherche d’une personne triste pour occuper ce poste,
avais-tu claironné. Mais j’ai pu mal comprendre.
On entendait une mouche voler.

Curieux comme en ta présence, toujours, j’éprouve l’envie du mot luire.

23 mars 2015

Aucune lueur ne meurt

Il s’agit de lumière ce que tu as choisi d’enfouir dans le creux de tes mains vers la fin de cet après-midi puis tout au fond d’une poche de ce pantalon que tu comptes oublier pendant des années au fond du garde-robe sous un bordel de boîtes n’est-ce pas.

Tout ça pour rêver, la nuit. Tout ça pour grincer des dents. Ou peut-être sans raison précise, sachant qu'aucune lueur ne meurt.

Imagine qu’à partir d’un certain moment de ta vie, tu te mettes à entendre une voix grasse, inextinguible, en sourdine, qui marmonne continuellement, sans que tu puisses en comprendre un seul mot. 
C’est affolant au début, puis on tolère. La voix devient hurlante, parfois défonce les murs... On s'habitue. 
Des années passent, avant qu'on puisse ouvrir les yeux même une seconde.

Tu vois cette lumière, ce soir, sous la porte, et le silence alentour?
Ne te lève surtout pas, ne va pas ouvrir.

Je ne sais pas c’est quelle époque et je ne veux pas le savoir. 

 

8 mars 2015

Porte ouverte aux malheurs

Je ne sais pas ce qui me rend tellement fébrile : Soit la perspective d’écrire avec une plume de feu, soit de me perdre dans un pathétique bordel d’images chaotiques et inutiles qui, en fin de compte, composent mon univers mental.

De toute façon, je suis fait comme un rat. La moustache en moins. Je lutte pour trouver une sortie.

C’est comme quand on roule pendant des heures à 140 sur l’autoroute, la nuit, et que d’un coup, sans réfléchir et sans raison, on bifurque pour s’engouffrer dans une sortie bâtarde, minuscule, même pas indiquée, où personne ne va jamais, et qu’on atterrit sur une route de terre cahoteuse, où la seule lumière est celle de nos phares, plaquée sur un mur de noirceur opaque.
On imagine le loup bleu qui viendrait nous accueillir si on avait le malheur d’immobiliser la voiture, d’éteindre le moteur, d’ouvrir la portière et d’attendre quelques minutes, violant l'air pur de notre haleine.

Et puis bien entendu, suivant notre inclination naturelle, on s’arrête, coupe le moteur. On ouvre la portière, détache notre ceinture, et on ose un pas dehors.
On s’avance, dans la noirceur, à pas de loup, la respiration trop ample, des coups de tambour au coeur.

En quête d'éclaircissements.

17 janvier 2015

Torréfaction du malt

Ça m’effraie, cette histoire de ne pas pouvoir sortir de sa tête.
On ne le comprend bien que quand on hallucine, que quand ce moment dure, un tronçon de rue en plein occiput, suspendu.

Je veux me faire voir des étoiles, à coup de dettes à payer, à coup du sentiment étrange d’être sur la terre en train de respirer ; À coup de panique parce que la nuit commence, le verbe coincé entre les dents, à moitié soûl, à l’âge de quarante-trois ans, avec la perspective de peut-être demain pouvoir ramper comme une limace sur un misérable morceau de sucre probablement salé.

Mais d’où vient qu’on aime la bière?

Je veux me faire voir des étoiles lourdes, grasses du carburant de la terre ; des étoiles noires éphémères qui s’éteignent à coups de tessons de bouteille au milieu du cerveau ; qui dégoulinent toute la nuit sur le ciment dur où s’interrompt la pensée noire de monde obscur.

Poussière cérébrale semblable à de la neige ; Engrenage de plomb et d’asphalte mélangés ; Terre noire d’une clarté au bord du rêve ; Montagne de lieux écroulés.
Lumière confidentielle du ciel.

Ce que j’aime c’est sombrer.



9 janvier 2015

La persistance de l'instinct chez les êtres vivants, sous les apparences de l'intelligence

La persistance de l'instinct chez les êtres vivants, sous les apparences de l'intelligence, est pour moi l'un des spectacles les plus intimes et les plus constants. Le déguisement irréel de la conscience ne sert qu'à mettre en relief, à mes yeux, cette inconscience qui ne déguise rien.
De la naissance à la mort, l'homme vit esclave de cette extériorité à lui-même qui est celle des animaux. Durant sa vie entière, il ne vit pas, mais végète, à un degré supérieur et avec une plus grande complexité. Il suit certaines normes sans même savoir qu'elles existent, ni qu'il les suit, et ses idées, ses sentiments, ses actes sont tous inconscients - non pas qu'il manque aux hommes la conscience, mais parce qu'ils n'ont pas deux consciences.
L'intuition vague de ne posséder qu'une illusion - voilà le lot, et pas davantage, des plus grands hommes.
Je suis le fil - en laissant ma pensée divaguer - de l'histoire banale des vies banales. Je vois combien les gens sont esclaves, en tout, de leur tempérament inconscient, des circonstances extérieures imposées du dehors, des élans les poussant ou non au contact avec autrui, et qui dans ce contact même, par lui et grâce à lui, s'entrechoquent comme des coquilles de noix.
Combien de fois ai-je entendu répéter cette phrase qui symbolise toute l'absurdité, tout le néant et toute l'inconnaissance verbale de la vie, cette phrase qu'on prononce à propos d'un quelconque plaisir matériel : « Voilà tout ce qu'on emporte de la vie... » Emporter? Pour quoi faire? Pour emporter où? Que ce serait triste de les éveiller de l'ombre par une question pareille... Seul un matérialiste peut prononcer une telle phrase, parce que pour la prononcer il faut être, même inconsciemment, matérialiste. Que pense-t-il donc emporter de la vie, cet homme, et comment? Où croit-il emporter sa côte de porc arrosée de vin rouge?

-Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité

1 janvier 2015

Le jour de l'an

L’animal qui s’ébranle
à côté du fer dans la ruelle
est un trop gros gibier
pour continuer de vivre

Ses yeux roulent
jusque dans les tanins morts du ciel
fermé aujourd’hui

J’attends avec les autres
extirpés des logements
d’apercevoir la première coulée
de lave ou d’asphalte

Je lance ma camisole de laine
dans la neige fumante
et retiens mes deux bras de tomber

Personne ne sait quoi faire pour que la journée passe

Et à chaque nouvelle minute
quelqu’un perd son souffle
dans les fonds caverneux
de l’immense poitrine

brûlante


13 décembre 2014

Petite fée des brumes

J’ai enlevé le bruit, augmenté la luminance et enfin pu revoir ton visage dur comme ciel.
T’as d’beaux yeux indéchiffrables, tu sais? Ou plutôt t’avais.

Parce que t’es tombée dans l’oubli, un jour pas si lointain. T’as sali l’insoluble et choisi de te défiler.
Un choix discutable dont on a jamais parlé.

Mais t’as laissé traîner dans le ciel quelque chose comme une planche de salut.
Un bout de prélart virtuel, couleur crépuscule, au motif abstrait. 
Quelque chose qui s'étiole.

Petite fée des brumes, sur le point d’expirer, tu sais que je rêve.
Mais je comprends et je souhaite continuer.

4 décembre 2014

Cap espoir

Lancer mes pantoufles de toutes mes forces dans l’appartement est ma révolte de prédilection. Ça ne se downloade pas en application malheureusement.

Le monde s’intériorise et s’endort, tout doucement... T'entends? Il faut s’approcher d’un peu plus près : Des hurlements à peine audibles, voire un chantage intérieur, personnel. Un objet de miracle blanc, à la fois mât et brillant, comme un gros bloc de sel.

Mais ça ne veut rien dire.

J’entends rendre l’âme toute la nuit, à satiété, faire des desseins que personne n’aimera. Mais on pourra effacer ou choisir la couleur, en un clin d’oeil hyper violent.
Je pense aux années qui passent dans la pénombre et je te le dis, c’est dément!

Se fendre la gueule, je connais. L’impact est dérisoire mais l’effort fatigue. Comprendre, s’évanouir. Comprendre encore, des paroles marmonnées en guise de coïncidence.
Faut garder le cap, et surtout, ne pas perdre le fil.

Les gens ont la foi jusqu’à ce qu’ils meurent.


26 septembre 2014

A través de

Je ne sens même pas que la journée passe
imagine
tellement je l'ai de travers

T'es là je crois
tu sais j'ai même peur
que tu sois

Imagine

qu'il n'y a plus vraiment de jours
Tout le temps la brunante

Ta conscience qui peine à s'éveiller
s'endormit

Tout le temps ce même bleu
qui te passe 
a través de

20 septembre 2014

À la manière de...



De ces autoportraits réalisés entre 2002 et 2004, avant les blogues, avant que je possède un appareil photo numérique, je gardais une sorte de souvenir coupable... un peu comme de la fois où on s'est branlé aux chiottes, à l'école, adolescent. On ne le dit à personne, même si c'était bien.
Ces photos, je ne les ai à peu près jamais montrées.
Hier, en découvrant l'oeuvre de Francesca Woodman sur le blogue de Mita Ghoulier, j'ai été frappé. C'est comme si ces autoportraits avaient été faits à la manière de... Francesca Woodman! Ça me semble assez proche du pastiche...
Pourtant je connais son oeuvre depuis 2 jours. Mes autoportraits traînaient dans une boîte depuis 10, 12 ans.
Comme c'est étrange.










13 mai 2014

Matin du 13 mai

C'est une femme qui n'avait jamais existé.

Dans le rêve, pourtant, elle était là, trépidante de vie. J'étais très amoureux.
Et conscient, aussi, qu'il ne me serait plus possible de prolonger le sommeil davantage.

Tu comprends que bientôt je vais ouvrir les yeux, et qu'on ne se reverra plus jamais? 

Il y eut une dernière seconde, un dernier regard, extrêmement intense.

26 avril 2014

À quoi ça sert la lumière?

Cette vieille pomme rabougrie, elle est pour moi.

Laissé quelques sous noirs sur le comptoir, suis sorti.
Dehors inspirait, expirait.
Faciès blanc, faciès d’argent.

Je n’ai même pas envie de dire.
Juste exulter sombrement.
Qu’est-ce que c’est que le monde?

Tête en limailles de fer. Corps en nuages.
Monde de pleurage, de scintillement ; Monde buriné de partout, à force de coups.
On peut réduire le bruit en augmentant la luminance.

Me suis vu marcher, de l’autre côté de la rue, avec ce drôle d’air humain.
Les pages de mon cahier tournaient toutes seules, impossible d’écrire.
Plutôt voir des sons emplir le ciel. Crier.

Le temps de rentrer.

Déposer mes vieilles bottes devant la porte.
Cuir et bois grincent. L’acier brille.
Tenter de résumer toute une vie en quelques pépins.
 
Coeur de pomme sur le trottoir, oublié.
Rembruni.

9 avril 2014

Message de fin de soirée

Même en avalant du vin sans le goûter, sans regarder l’étiquette, tu ne devines pas mieux la réalité : Dans l’oscillation, le plaquage du mur le plus proche contre le plus lointain, ton esprit ne devient pas matière. Tu ne peux pas toucher ce qui est hors de toi, comme la mouche devant la fenêtre, qui maintient son élan jusqu’à ce que la douleur devienne aussi vaste que l’horizon qu’elle désirait. Couche-toi donc! disait la voix brisée, un peu endormie.
Impossible de répondre avec des mots.
Tu avances les grognements (qui te vaudront des coups plus tard quand tu changeras d’apparence) et qui, selon ma perception, possèdent la même valeur qu’un bouquet de fleurs sauvages attachées avec de la grosse corde. Enfin. Je te bénis! Je bénis ton âge actuel!

Je refais souvent le rêve du clodo appuyé sur le mur d’un vieil édifice, quelque part dans la ville, dont la bouteille de vin (vide) s’échappe et roule bruyamment sur l’asphalte, qui hurle Je t'aime encore! des années durant. Le monde a peur de ça.
L’immense usine intestinale de son corps propulse des gaz épicés jusque dans le ciel, formant un nuage doré, qu’il contemple d’abord, qu’il cherche ensuite à prendre dans des gestes semblables à ceux d’un bébé, aussi poignants, malgré l’absence totale de musique.
Pense-t-il à une femme qui existe? À une femme qui a existé?
Silence d’un, de plusieurs grains de sable. Silence dur. Dans une baignoire, quelque part, une petite crotte flotte.
Je ne veux pas ouvrir les yeux tout de suite.

Demain, le nuage va se dissiper. Un monstre à tête d’homme va te faire un signe que tu ne comprendras pas. Tu vas continuer ton chemin, récompensée à chacun de tes pas (timides) par une bouffée de joie éphémère.
C’est dans des circonstances semblables, j’imagine, qu’on va se revoir.

31 mars 2014

Nature morte


j'ai toujours voulu qu'elle meurre
c'est ma mère     Elle est en train de mourir
le prénom s'unit à la personne
comme le nahual
femme grande forte résolue
elle a détesté son prénom de lutin  minuscule
vaporeux charmant et redoutable
il ne la définissait pas ne la décrivait pas
elle n'a jamais pu devenir son prénom
elle m'en a assigné un avec des traits indélébiles 
j'ai détesté mon prénom
un à ma soeur un avec des traits indélébiles
elle a détesté son prénom
personne n'a pu devenir son prénom
arrive la mort
à cet instant
enfin
ma mère minuscule
comme un lutin 
comme son prénom

arrive la mort
je n'ai pas pu la caresser 
je n'ai pas pu tenir sa main
lasse
je suis restée à deux mètres
la regardant mourir

-Monica Mansour, Nature morte

27 mars 2014

Une de mes photos en couverture d'un (autre) livre!


la table dressée toujours impeccable
des nappes brodées ou frangées avec leurs serviettes assorties
la vaisselle de porcelaine anglaise
la verrerie en cristal taillé
l'argenterie sortie de son meuble
le dessous de bouteille décoré de raisins

la table impeccable
les plateaux présentent divers délices
les fleurs au centre
cérémonie quotidienne
pour plaire aux convives
pour manger avec les manières les plus raffinées
pour engager des conversations légères
douces aimables

tous goûtent les plats parfaitement préparés 
tous sourient 
craignant une raillerie
ou une injure dissimulée
la table impeccable
la tension impeccable
violence silencieuse
brutale


Nature morte/Naturaleza muerta de Monica Mansour, édition bilingue français/espagnol, publié conjointement par les écrits des Forges (Québec) et Casa abierta al tiempo (Mexique).

23 mars 2014

Les aventures d'Ange sur la ligne orange

1-  À tous les jours, Ange apercevait le même quêteux au bas de l’escalier roulant, station de métro Beaubien.
Il s’était fabriqué deux pancartes, l’une en français, l’autre en anglais, qui annonçaient la même chose : Fatigué. Affamé. Besoin d’un peu de change pour dormir + manger.
Ange rechignait à se départir de quelques pièces, gagnées à force d’un très long ennui au boulot. D’une part elle soupçonnait l’homme de réserver l’essentiel des aumônes recueillies à l’achat de bouteilles d’alcool fort de qualité déplorable, d’autre part elle préférait réserver cet argent pour nourrir sa passion à elle -enfin, l’une de ses passions : La découverte et la dégustation des vins.
Elle ne détournait par contre jamais le regard, et offrait au quêteux des sourires pour lesquels certains hommes auraient été prêts à débourser beaucoup. Ange débordait de charme, précisons-le. Elle avait appris qu’il lui était préférable, dans beaucoup de situations de la vie, de le contenir le plus possible, de le réfréner : Il était arrivé que des hommes trop vigoureux, rendus fous parfois pour presque rien -l’ébauche d’un sourire, à peine, lui avaient causé des tas d’ennuis.
Elle réservait sa beauté à quelques rares fins finauds, qui parvenaient à provoquer son rire, ou son délicieux sourire, à force d’astuces, et s’en voyaient récompensés ainsi de leur talent, ou encore à des désespérés, comme ce quêteux, qui ne représentaient plus, de toute façon, le moindre danger.
L’homme lui rendait son sourire, et parfois laissait échapper un Merci bien senti.
Ange, en ces occasions, se sentait bon cœur. Elle y trouvait de quoi nourrir l’idée qu’elle était une personne généreuse, et développait une opinion assez favorable d’elle-même. En ce sens, bien qu’elle n’en eût pas conscience, cette générosité bien placée constituait une sorte d’investissement, désintéressé, soit.
Fière d’elle, une fois dehors, elle laissait s’épanouir encore un peu, puis s’évanouir, la lumière de son visage, dont un ou deux chanceux parvenaient encore à profiter, à la dérobée, sur le trottoir, aux lueurs de la brunante.

Ce soir, le quêteux n’arborait plus ses pancartes, Ange avait pu le constater, déjà, de loin. Il semblait ébranlé, plus chancelant qu’à l’habitude. Son manteau, encore en un morceau la veille, était déchiré sur toute l’épaule. La nuit avait été mauvaise.
Lorsqu’elle arriva au bas de l’escalier, trop inquiète, elle n’arriva pas à former un vrai sourire, scrutant le faciès détruit de l’homme.
Celui-ci chercha aussitôt, sur le visage d’Ange, la chaleur dont il avait pris l’habitude, mais ne la trouvant pas, laissa échapper le mot Tristesse, de façon apparemment involontaire. Le mot avait glissé de sa bouche, et s’en était allé choir au bas de l’escalier roulant, comme une feuille morte. Mais Ange avait bel et bien entendu : Tristesse.
Elle voulut répondre quelque chose, hésita un instant, puis, poussée par la foule, continua son chemin et sortit de la station de métro.
Il faisait presque soir, déjà, et il faut dire que la faim la tenaillait. Elle pressa le pas. Un reste de braisé d’agneau aux abricots l’attendait chez elle, et bonheur des bonheurs, au moins la moitié d’une bouteille de ce merveilleux Val de Loire.


2-  Ange était une originale. Dans le beau monde, il lui était relativement facile de paraître raisonnable et civilisée, esclave, comme il se doit, des principes de la bienséance. Elle s’amusait même à donner l’exemple dans l’exercice de la politesse et des gestes les plus civilisés et les plus convenus. En réalité, c’était pour elle comme de jouer au théâtre. Et en ce sens, elle appréciait l’exercice, surtout s’il ne s’étirait pas trop. Car plus les idées de grimaces, de singeries, et d’absurdités, qui bouillonaient en elle, tardaient à trouver exutoire, plus ses nerfs s’échauffaient.
Il lui arrivait souvent de drôles d’idées, des idées frôlant l’absurde, dans toutes les situations de la vie. Et elle possédait ce talent, cette audace, nécessaires à leur exécution immédiate. Le texte Théorie et jeu du duende, de Federico García Lorca, était l’une des œuvres fondatrices de sa personnalité. Cela vous en dit beaucoup.

Les trajets en métro lui étaient toujours d’un ennui. Elle éprouvait de la fascination à observer tous ces gens, enfermés en eux-mêmes, persuadés, ou presque, d’être inatteignables. Mais la peur les tenaillaient tous, car ils n’ignoraient pas, au plus profond, à quel point c’était faux. Les êtres évoluaient, toutes chairs à vif, dans un monde où la violence  -immense bête à tête chercheuse, allait tôt ou tard s’abattre au hasard. Et la folie et la joie pure pourraient faire partie de ses manifestations, ce qui ne rassurait pas grand monde.
Ange s’amusait à y réfléchir au moment où ce jeune homme entra, station Crémazie : Un garçon de treize ans, gros enfant plein de santé, bien gâté, à l’air maussade, encore exempt de tout attribut viril, il parcourut le wagon du regard, mais aucune place n’était libre, et il comprit que le hasard l’avait désigné à rester, lui seul, debout. Ange remarqua sur son visage imberbe l’expression mal contenue de la frustration. Sans hésiter, elle se leva, effleura la manche du garçon, et arborant un de ses sourires lumineux, sans rien dire (il aurait été risqué, à ce moment, de pouffer de rire) lui désigna son siège. L’adolescent hésita, puis, sans pouvoir englober réellement les tenants et aboutissants de la situation, résolut de s’asseoir, sans dire merci.
Ange continua donc debout. Feignant comme tous les autres passagers de n’éprouver aucune émotion, elle ressentait pourtant une joie, une jubilation intense, à l’idée de sa finesse d’esprit. La beauté de son corps délié irradiait, malgré les vêtements d'hiver, dans cet univers plus beige que nature. Comme si chaque atome de sa chair trépidante, même endormie, ou ensevelie sous les couches de tissus industriels, pouvait rendre n'importe quel homme instantanément fou de désir.
L’adolescent, après l’avoir scrutée longuement, s’engouffra dans un trou noir, et fit le reste du trajet la bouche ouverte. Et humide.


3-  Il s’agissait d’une de ces journées où le moral flanche : Un dimanche après-midi neigeux de la fin mars, sans aucune trace de soleil ou d’une couleur autre que le gris, sinon ce blanc bleuté qui, à force d’usure provoque le mal de cœur.
Enfin, le peuple semble avoir abdiqué : le boulevard Saint-Laurent d’ordinaire très fréquenté, à ce niveau, était plutôt vide. Une neige molle, cotonneuse, de fin d’hiver, remplissait presque complètement l’espace désert.
Ange occupait ce poste à la librairie Comptoirmag, spécialisée en magasines, revues, papeterie et romans de format poche, depuis quelques années déjà. Malgré des affaires peu florissantes, son patron semblait déterminé à garder l’établissement ouvert. Allez savoir pourquoi.

Ange s’ennuyait ferme. Le dimanche était une journée sans tâche spécifique, comme l’achalandage était d’ordinaire assez bon, rien d’autre n’était prévu à la tâche. Du haut de son comptoir, elle était absorbée à la contemplation du dehors. Alfred Brendel exécutait les 6 moments musicaux de Schubert, seul au piano, à faible volume, dans un coin.
Ce vieux Brendel grichait, sans doute lui aussi déprimé par la neige. Mais la mélancolie sublime, qu’exprimait la musique, réussissait à percer : Ange aurait pu pleurer.

À ce moment, un client pénétra dans la boutique, retira son capuchon, le secoua pour en faire tomber la neige, et fit claquer ses bottes à l’entrée, avant de se diriger vers les calepins Moleskine, sans même un regard pour Ange. Un type grassouillet, mal rasé, cheveux ébouriffés, début quarantaine, qu’un ennui trop profond avait poussé à sortir de chez lui à la recherche d’une distraction, n’importe laquelle.
Quelconque, pensa Ange, Ils sont tous tellement quelconques. Les mois, les années passaient, et elle gaspillait sa beauté, son esprit, à servir dans cette boutique. Qu’avait-elle à faire avec ces gens? Qu’avait-elle à faire avec les habitants de ce pays? De cette planète?
Le type s’avança vers le comptoir, ayant jeté son dévolu, en fin de compte, sur un simple journal. Il n’avait jusqu’ici même pas levé les yeux pour la voir. Quel minable, pensa-t-elle. Elle ne le salua même pas, ne prit même pas la peine de lui dire le montant exact de son achat, après calcul des taxes, accepta son billet et lui rendit la monnaie dans le creux de sa main tendue. Voulez-vous un sac, monsieur? soupira-t-elle, comme le type tardait à s’éclipser, semblant ruminer quelque idée obscure en réajustant ses lunettes.
À ce moment, l’homme releva la tête, plongea son regard d’enfant dans celui d’Ange, puis, d’un geste assez théâtral, ouvrit les bras comme s’il s’apprêtait à prononcer une bénédiction. Oui madame, je vous le demande, donnez-moi un Sacre, claironna-t-il assez fort, d’une superbe voix de baryton.
Le rire d’Ange vola en éclats, emplissant de manière violente et splendide toute la boutique. L’homme resta prostré un instant, bras ouverts, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, accueillant cette averse de pépites d’or inattendue d’un air satisfait.
Lorsqu’elle parvint à calmer un peu son fou rire, il lui fit un signe ambigu de la main et sortit avec son journal, sans rien ajouter. 
Merci, pensa Ange, en regardant l’homme s'engouffrer dans la tempête. Les petits spasmes involontaires, qui continuaient d’agiter sa poitrine, de façon de plus en plus espacée, mirent longtemps à s’estomper complètement.

Dernier message rue Marmier

C'est la fin pour Rue Marmier. Parce que j'habite maintenant loin de cette rue, et que je me situe ailleurs aussi, sur tous les plan...